La rubrique People, dont je m'occupe chaque semaine avec amour et avec Amandine, regorge de princes, de reines, de sultans et de mariages aristocratiques. Racontées par Patrick Weber, notre spécialiste couronné à nous (on le surnomme le Stéphane Bern belge et il déteste ça), ces belles histoires de princesses qui hochent doucement la tête rejoignent les morceaux de bravoure avec un grand H (voire avec une grande hache dans le cas de quelques souverains malchanceux). Et comme j'adore autant les histoires que l'Histoire, j'ai décidé d'accompagner Patrick Weber(n) et une cinquantaine de lectrices et associé(e)s pour un tour de Bruxelles éminemment royal.
Nous sommes le vendredi 28 juillet, et il est censé faire 25°. Mon œil! Il fait largement plus et la petite troupe s'est déjà installée à l'ombre en attendant notre arrivée place Royale. Après les présences, comme à l'école, et les premiers coups d'œil (est-ce qu'elles ont l'air sympa? un sourire, deux sourires, trois sourires, c'est bon…) et on se retrouve à 48 devant la statue de Léopold 1er par… euh Guillaume Geefs. Une belle statue. Il a l'air vrai ce Léopold. Sévère, altier, plutôt pas mal dans le genre quadragénaire plein d'assurance et légèrement agacé. Et Patrick raconte. Il raconte bien. Du coup, Léopold perd un peu de sa sévérité. Il n'a pas eu une vie facile, cet homme-là. Et il a eu un destin hors du commun. Autour du guide et de son "modèle", un grand silence, interrompu deux-trois fois par des employés du musée qui font rouler des caisses plus bruyantes qu'une armada de rollers au galop. J'ai appris plein de choses. Visiblement mes voisin(e)s aussi.
Et on repart. J'ai soif, gémit une lectrice. Elle nous rejoindra. Petit commentaire au coin de la rue puis on traverse pour voir les bâtiments de la Cour des comptes, où a habité le futur roi Albert (Ier) avec ses parents. Une famille sympathique, "normale", qui ne pensait pas s'arrêter sur la case "trône" puisque Léopold II avec un fils. Le bruit, rue Royale, est gênant, et le groupe s'est déjà organisé naturellement, les plus passionné(e)s au plus près du guide. On regarde, on écoute, on aimerait bien entrer. Mais on ne rigole pas avec la Cour des comptes. Et on se contente de jeter un coup d'œil à travers la fenêtre ouverte d'un bureau qui donne Place royale. Ouvrez la fenêtre complètement, suggère une lectrice hilare.On n'ose pas. Quand même…
Etape suivant: l'église Saint-Jacques de Coudenberg, place Royale toujours. Au-dessus des marches on a l'impression de dominer la ville et de diriger les assauts de Gordfroid de Bouillon. Bon, je m'emballe un peu, là. Mais ce n'est pas ma faute si quand on les raconte les bâtiments prennent vie…
Après Saint-Jacques de Coudenberg (lieu de l'"inauguration" de Léopold Ier - si si, "inauguration", c'est le terme officiel), on quitte la place Royale pour la place des Palais et le Palais royal (c'est fou le nombre de rues et de places qu'on peut faire avec trois mots). Pour une fois il n'y a pas de file kilométrique pour visiter les lieux. C'est presque dommage, nous avons un accès privilégié! Grille ouverte, une courte allée, et on entre, comme si de rien n'était. Le palais n'est pas un musée et ça se voit. L'accès est un peu encombré: une table à gauche, avec quelques livres et cartes postales, les toilettes à droite (vous rejoindrez le groupe en haut), et l'escalier coupé par une cordelette: à gauche on monte, à droite on descend. Pas de majordome, de grand chambellan, d'altesses, de trône et de traîne. Le roi n'est même pas là: le drapeau ne flottait pas… Après tout, c'est les vacances pour tout le monde!
Il n'y a pas à dire, les lieux sont cossus. Impressionnants dans la mesure où on travaille ici tous les jours - on n'est pas dans les châteaux de la Loire qui ne servent plus qu'aux visites. Et travailler dans un cadre pareil, je ne suis pas contre. C'est plus chic que Diegem. Par contre, on manque d'air et le palais ne connaît pas la clim' dirait-on. Les pièces sont assez petites, mais il s'y est passé tant de choses - et tant de gens. Portraits, tableaux, bustes… Salle de bal, salon de musique… Puis la grande salle. Immense. Pourquoi on ne faisait pas les bals ici? Parquets, lustres, miroirs… C'est beau comme les audiences royales dans les albums de Tintin. On a eu l'impression de voir passer Charlotte, future impératrice mexicaine, et le petit prince Babochon qui n'a pas eu le temps de grandir. Puis on reprend pied dans le XXIe siècle avec le fameux plafond de Jan Fabre et ses scarabées émeraude. Le guide reprend son souffle (il a tellement parlé qu'on a tous la gorge sèche) et le groupe fatigue. Vivement la pause-resto. Balade jusqu'au Parc d'Egmont, au pied du Hilton, et tout le monde s'écroule.
C'est le moment de faire un peu connaissance. Avec ce couple, très intéressé. Cette dame italienne, qui se met à raconter à son tour, avec beaucoup d'humour. Avec cette dame qui a trébuché devant le palais et s'est écorché le front. Tout va bien? Vous faites des photos, elles paraîtront dans le magazine. Non, sur le site, madame. Et quels voyages allez-vous organiser? J'ai très envie de m'inscrire pour la Thaïlande…On mange dehors, à l'ombre. Un vrai moment de plaisir dans ce parc jalonné de petites phrases de Marguerite Yourcenar. Dessert, café, encore une plaisanterie et un livre à signer pour Patrick et on repart. En car cette fois. Comme on le ferait à Florence ou Vienne. Et c'est bien, on ne connaît pas assez sa ville et son pays. Et moins encore l'histoire qui se cache derrière cette façade ou sous cette statue de bronze. Petit tour à Laeken. L'église, où sont enterrés nos rois (vous saviez que Léopold Ier voulait être inhumé à Londres auprès de sa première épouse, la femme de sa vie? Non mais…). Le château, où vivent aujourd'hui le prince Philippe et la princesse Mathilde et devant lequel on se gare. Les gardes vont-ils nous chasser? Non, on a de la chance…La maison chinoise et la tour japonaise, témoins des ambitions pédagogico-culturelles de Léopold II. Puis on file vers le Cinquantenaire, construit pour le cinquantenaire de la révolution belge, mais dont l'arche n'a été construite qu'en 1905. Preuve que même les rois n'ont pas toujours ce qu'ils veulent. Enfin, dernière étape: Tervueren, où tombent les premières gouttes d'une grosse pluie d'été qui fait des ravages dans certains coins de Bruxelles, on le saura plus tard. Dans le car, on discute, on rit, on apostrophe Patrick qui a réponse à tout. Même aux questions sur les talents artistiques de la reine Elisabeth.
Retour place royale. C'est le déluge. Le car déposera la plupart des lectrices à la Gare centrale. Il est 18h30, Bruxelles brille sous la pluie et ça lui va bien.
Comme disait Mylène Farmer, c'était une belle journée...
Yannic
Journaliste
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