Quelle idée de mettre une réunion d'urgence à la rédaction un lundi matin, à 9h15! Mais bon, le mail d'Anouk était clair, il fallait être présent. Même si, la veille, mes amis ont décidé de célébrer, un jour à l'avance mon passage à la trentaine.
D'abord, il ne fallait pas compter sur le réveil que je n'ai pas entendu! Une douche et une aspirine plus tard, je fonce au Pain quotidien pour un lait russe réparateur, en espérant être capable de paraître le plus présent possible lors de cette réunion! 
Au moment de monter dans ma voiture, je me rends compte que j'oublie les bouteilles achetées pour offrir un drink d'anniversaire à mes collègues le midi (la réunion sera finie au moins?) en tout cas, la journée s'annonce ardue et si ça continue, je vais être en retard.
C'est donc la course pour arriver jusqu'ici, presque à perdre patience au volant (…), garer la voiture, mettre les bouteilles au frais. La rédaction est vide tout le monde est en réunion, zut! Je vais encore me faire remarquer. Armé de mon cahier et mon bic, je frappe timidement et entre le plus discrètement possible, encore raté!
Sous une pluie de bulles, tout le monde chantonne «Joyeux anniversaire». La table est dressée, encombrée de cadeaux, de couques, de ballons, de boissons…
La surprise était réussie! Bon, je ne peux pas cacher qu'en mon for intérieur, je me suis dit que j'aurais pu dormir une heure de plus
(Pardon…)
Bon, je n'ai pas été très bon en speech, il faut dire que je n'ai pas l'habitude de prendre la parole en public, encore moins de passer le cap des 30 ans. Et puis, entre la surprise et tous les regards portés sur moi, pas facile à gérer, surtout si tôt le matin.
En tout cas, merci à toute la rédaction, Yannic et Emilie pour avoir tout organisé, Cath et ses magnifiques gâteaux (recettes tirées des mini-délices, ça vaut vraiment la peine!), et tout le monde pour avoir été là et avoir joué le jeu.
Grrrrr….
Maintenant, je me retrouve sur mon petit bureau avec toute la décoration de la salle-surprise. Je vois à peine mon écran d'ordinateur mais bon, un «lendemain de veille» comme celui-ci, avec ou sans décoration, je ne suis pas certain de l'avoir bien vu de toute façon…
Nicolas Witczak
Découvrez vite la bande annonce du nouveau film "Astérix aux Jeux Olympiques ". On y retrouve un Peolvoorde au meilleur de sa forme!
Quand Anouk nous a proposé, à Anne et moi, d'accompagner la croisière Femmes d'Aujourd'hui/C'est du belge, nous avons rencontré deux types de réactions, à la rédaction. Les jalouses nous ont souhaité "bonnes vacances" en pensant "c'est pas juste", et les expérimentées, celles qui sont déjà parties dans les croisières précédentes, nous ont dit "vous allez voir, vous allez rentrer épuisées". Et elles avaient raison. Nous avions emporté l'une et l'autre deux ou trois bouquins, on en a lu quelques chapitres! Pendant une croisière, même si elle s'amuse, on a des choses à faire tout le temps…
Manger d'abord - il doit bien y avoir dix repas par jour en continu. Marcher ensuite - le bateau fait 250 mètres de long sur 12 étages qu'on parcourt dans tous les sens à longueur de journée. Faire la chasse à Robert, l'adorable accompagnateur de MSC, pour lui poser des questions. Faire du sport - en piscine ou dans la salle de sports vitrée à la proue du navire. (Bon là, on n'a pas abusé, on n'a pas eu le temps!) Descendre à terre, en excursion - il y en a presque tous les jours. Lire la doc qu'on nous glisse en cabines. Tester le casino. La discothèque. Tous les bars (il y en a une dizaine à bord). Regarder les photos affichées tous les jours (on nous mitraille plus que les starlettes à Cannes). Participer aux conférences proposées par l'équipe de C'est du belge: Yvan Sevenans, le producteur, Sandrine Graulich, la journaliste, et Patrick Weber, le chroniqueur.
Assister en douce aux tournages de la RTBF, observer Janick Cardiec, la réalisatrice, qui dirige Thomas Van Hamme et Barbara Louys, suivis par les cameramen, Jean-Marc et Cédric, David, le preneur de son, et Nathalie, la scripte. S'investir dans les dégustations d'Eric Boschman: genièvre, gin, vodka, aquavit, élixir de Spa et d'Anvers, mandarine Napoléon… A votre santé!
Et, last but not least, rencontrer nos lectrices - et lecteurs. Et là, on vous l'avoue, on s'est bien amusées. Parce que nous avons fait des rencontres formidables - et parfois très inattendues. Marina, la gagnante de notre concours, et sa copine Paola, qui ont tout testé sur le bateau. Lydie, qui a eu de sérieux soucis de santé et qu'Anne a suivie comme une mère poule. Cette délicieuse dame française, qui avait choisi la croisière par Internet, et a décidé de s'abonner à Femmes d'Aujourd'hui à la fin du périple.
La "table de six", à côté de la nôtre qui aurait remporté le prix des plus beaux éclats de rire. La jeune fille qui voyageait avec sa maman et qu'Eric Boschman charriait à chaque dégustation. Le charmant monsieur au pull jacquard qui souriait tout le temps. La dame pétulante qui voyageait avec son fils. "Madame maman" et sa sœur. Celui qu'on a surnommé Henri IV, parce qu'il assistait la guide et nous ralliait à son caméscope. Le physicien et sa femme, particulièrement amicaux. Madame le professeur (de notre graphiste Pascal) qui nous a donné plein d'avis et d'idées pour le magazine. Nos amies namuroises, dont l'une est couturière. Cette maman royaliste jusqu'au bout des ongles à qui son fils a offert la croisière. Et tous les autres avec qui on a ri, parlé, et rêvé devant les merveilles qu'on a pu visiter…
Parce qu'en plus on a vu des choses! Et pas seulement les nuages gris souris qui stationnent au dessus de l'Opéra (le nom du navire). Pas Visby non plus, l'île suédoise où on aurait pu visiter la maison de Fifi Brindacier, l'héroïne venue du froid. La mer est trop agitée pour qu'on puisse gagner sans danger les chaloupes qui nous mèneraient au port. Parce que pour "garer" un machin comme notre bateau (2000 passagers, 1000 membres d'équipage, ça vous donne une idée), il faut un port profond et des quais king size, ce qui n'était pas le cas à Visby. Pourtant, depuis le paquebot, on ne sent qu'à peine le roulis. Mais à voir les chaloupes tanguer, grimper et tomber entre les vagues, on se rend compte qu'effectivement, la mer est mauvaise… On se rattrape le lendemain sur Stockholm, qui se présente au bout de 100 km de fjord. Donc on se réveille pour voir les îles glisser le long du bateau et c'est magique. Stockholm nous sourit. Premier rayon de soleil là-bas après une semaine de pluie. La ville est belle, calme, douce… La mer, les bateaux, les vélos sont partout et les Suédois sont décidément fort jolis. Par contre la vie y est très chère et on jongle avec les couronnes suédoises (1 euro = 7 couronnes) - aucun pays où on passera ne fait partie de la zone euro.
Etape suivante: Tallinn, capitale de l'Estonie, où s'est arrêtée l'Eurovision. Aujourd'hui c'est surtout la pluie qui y règne. Il ne nous manque que les palmes… Pas d'excursion Femmes d'Aujourd'hui/C'est du belge. On va donc se balader à pied dans la vieille ville. Gros pavés, façades étroites, portes ouvragées, et des magasins de souvenirs pleins de matriochkas (les poupées gigognes ou poupées russes), de gros pulls de laine, de bijoux en ambre… Puis on découvre la cathédrale de Tallinn, une église orthodoxe simple et belle, qui domine la vieille ville. Il ne reste plus qu'à dévaler les pentes raides pour rentrer au port…
A Saint-Pétersbourg, nous sommes accueillis par un orchestre qui alterne les mélodies classiques russes pour touristes (Kalinka, Kasatchok…), les grands airs de jazz et les standards internationaux comme Cerisiers roses et pommiers blancs!
Ici on doit montrer nos passeports et on se voit délivrer une carte provisoire sans laquelle on ne pourra pas rentrer sur le bateau. On n'a d'ailleurs pas le droit de se balader seuls dans la ville sans visa… La visite comprend une demi-heure dans un magasin de souvenirs imposé, où les prix s'envolent (mais il paraît que les objets sont vraiment réalisés par des artisans russes et non "made in China" comme beaucoup de souvenirs vendus dans la rue). Et deux heures au musée de l'Ermitage dont on ne verra qu'un minuscule parcelle des 22 kilomètres de merveilles. Cette répartition plus commerciale que culturelle n'a pas convenu à tout le monde, mais la visite de Saint-Pétersbourg était avant tout apéritive. Le tour de la cathédrale Saints-Pierre-et-Paul et la balade conclue en car nous auront donné envie d'y revenir, d'autant que notre guide a su trouver les mots pour traduire la beauté de sa ville mais aussi les difficultés que rencontrent ses habitants et leur bonheur de connaître enfin la liberté. Ce soir-là, on découvre un phénomène fantastique qu'on appelle les "nuits blanches de Saint-Pétersbourg". A minuit le ciel est rose et bleu, comme avant un coucher de soleil. Et à une heure et demi du matin, il fait encore très clair, comme si le soleil venait à peine de disparaître. Une soirée magique qu'on aimerait voir s'éterniser…
Après une journée en mer - plus de connexion GSM, on se sent coupé du monde! -, on rejoint Copenhague. La petite sirène d'Andersen nous attend sous une pluie battante. Et Patrick Weber qui tourne là une de ses chroniques est trempé en quelques secondes tandis qu'on regarde à l'abri des capuchons et parapluies. Puis le soleil se lève, et fait de la capitale danoise une étape où on s'attarderait bien quelques jours. Fontaines, canaux, maisons colorées, vélos et pousse-pousse, terrasses et orchestres… La ville est jeune, active, très européenne par certains côtés, et pourtant exotique par sa lumière, sa gaieté et cette douceur de vivre apparente qui donne envie de s'y abreuver. 
Retour à Kiel, après une soirée d'adieux joyeuse et émue où on échangé plus de bisous qu'à un mariage. Bien sûr Anne et moi avions très envie de retrouver nos enfants et nos maris. Mais si on continue de temps en temps à tanguer sur la terre ferme ce n'est pas seulement parce que le mouvement nous poursuit. C'est aussi parce qu'un peu de notre cœur est resté au Caruso Lounge…
Merci Robert, qui a été merveilleux et drôle de bout en bout. Merci à l'équipe de C'est du belge avec qui on a passé des moments rares de conversations et de fous rires. Merci à Eric Boschman et à sa famille commise au remplissage de verres. Merci à tous les participants, dont la gentillesse et les sourires ont construit nos souvenirs.
On vous embrasse et on vous dit à bientôt!
Yannic et Anne
y.duchesne@femmesdaujourdhui.be
a.daix@femmesdaujourdhui.be
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LES GROSSES PEUVENT Y ARRIVER! Mais arriver à quoi, bon sang? A préparer de la mousse au chocolat, du coq au vin, de la paella? Ou bien, à toucher leurs orteils du bout des doigts, sans fléchir les genoux? Héloïse n’excellait ni dans une ni dans l’autre discipline: c’est tout juste si elle arrivait à cuire correctement des pâtes ou à pédaler cinq minutes d’affilée sur un vélo d’appartement!
LES GROSSES PEUVENT Y ARRIVER! Qui donc avait lancé ce défi saugrenu? Le front plissé, les sourcils froncés, la grosse Héloïse se répétait ces mots avec une sorte de rage: elle avait lu et relu les cinq phrases du Concours de Nouvelles et aucune, vraiment aucune ne l’inspirait ! Bien sûr, elle avait envie, maintenant, de lire les cinq livres cités mais n’allait-elle pas découvrir cinq romans de génie, à côté desquels ses élucubrations malhabiles feraient piètre figure? Où trouverait-elle encore de l’inspiration là où d’autres, cent fois meilleurs qu’elle, l’avaient devancée?
Avec une grimace de dépit, elle s’extirpa péniblement de son fauteuil : le miroir placé dans l’angle de la pièce lui renvoya son image de grosse et elle détourna les yeux. Au même moment -porté peut-être par le souffle printanier qui se glissait par la fenêtre entrouverte - un esprit mutin lui répéta à l’oreille: LES GROSSES PEUVENT Y ARRIVER! Cela tournait à l’obsession!
Elle fit quelques pas en avant, tira la langue à son reflet, qui lui répondit du tac au tac, et, après avoir empoigné son sac, ses clés et son manteau, clopina vers la porte qu’elle claqua en sortant.
Au bas de l’immeuble, elle écouta Paulette Lestafier, la concierge, se plaindre de ses rhumatismes et du chahut des voisins…Dans le quartier bourgeois qu’habitait Héloïse, il s’était produit d’énormes changements les dix dernières années. En plus de la folie des promoteurs immobiliers qui avait fait disparaître du paysage quantité de maisons confortables mais ne répondant plus à la norme actuelle - entasser le plus de monde possible sur le plus petit espace possible - des vagues migratoires successives avaient modifié la physionomie des environs…
Dorénavant, Héloïse achetait son pain polonais, ses carottes et ses poivrons turcs, choisissait ses fruits chez le Marocain, recourait aux services bon marché des hommes de l’Est, et ne pouvait que donner raison à la concierge qui affirmait haut et fort que la ville était devenue une vraie tour de Babel et que la fin du monde n’était sûrement pas loin!…
Au fond, Paulette Lestafier n’était pas si folle qu’on le disait : la tension montait dans le quartier et, régulièrement, des bagarres éclataient, obligeant la Police à intervenir.
Dans la rue commerçante, Héloïse parcourut d’un œil gourmand le choix de « Nouveautés » dans la vitrine du libraire. Quelle chance! Le livre de Christian Oster, Loin d’Odile, ainsi que La Correspondante, d’Eric Holder étaient en vente! Au moins, elle aurait de quoi lire pour ce soir. Depuis son divorce et le départ de ses enfants, devenus adultes, il lui fallait sa dose quotidienne de lecture et de chocolat pour combler le vide de sa vie…
Quand elle quitta la boutique, ses livres sous le bras, les tiraillements de son estomac lui rappelèrent qu’elle n’avait encore rien mangé depuis son réveil. Elle n’avait pas envie de cuisiner : elle allait donc faire une folie et se payer un bon repas, dans un bon restaurant. Elle récupéra sa voiture, à deux pas de là, se laissa tomber lourdement sur le siège et démarra; au centre ville, elle eut la chance de trouver tout de suite un parking. Avant de sortir du véhicule, les premiers mots d’une Nouvelle lui vinrent à l’esprit mais elle les trouva tristement banals : J’ai roulé jusqu'au restaurant, je me suis garé(e) et je suis resté(e) un moment au volant pour réfléchir. Elle les gomma d’un seul coup et eut un petit rire : ce n’était pas encore cette fois-ci qu’elle gagnerait un concours! Elle haussa les épaules et ouvrit la portière.
Dehors il faisait très doux, pour un jour de fin mars. Déjà certains passants avaient laissé tomber blousons ou parkas, et se promenaient, le nez en l’air, sensibles à la caresse du soleil.
Du haut de la Place Royale, Héloïse embrassa d’un coup d’œil le magnifique panorama: les bâtiments du fameux Mont des Arts brillaient de toute leur splendeur. En peinant un peu, elle entreprit la périlleuse descente le long des somptueuses façades, admirant la patine des maisons anciennes, pestant contre la rudesse des vieux pavés et les silhouettes filiformes des mannequins en vitrine qui lui rappelaient cruellement que, pour elle, ce temps-là était bien révolu!
Tout essoufflée à cause de son poids, elle passa devant la Bibliothèque Royale et aperçut, sur la droite, la façade Art Nouveau ( verre et métal) du Musée des instruments de Musique. A l’entrée, une petite pancarte attira son attention : « La terrasse du restaurant est ouverte… »
Quelques minutes plus tard, elle quittait l’antique ascenseur à miroirs, lent et poussif, et découvrait le toit de l’immeuble. Il faisait frais sur la terrasse pourtant inondée de soleil. Le serveur, très empressé, lui proposa une table près de la balustrade… Il lui présenta la carte avec un gentil sourire, sans ce regard apitoyé ou moqueur qu’elle surprenait d’habitude devant son embonpoint. Les plats semblaient alléchants, elle avait faim : son choix fut donc vite fait. Un quart d’heure plus tard, elle dégustait des aumônières de saumon, suivies d’une délicieuse cassolette de scampis, le tout arrosé d’un petit vin rouge qui lui colora les joues…
Après la tranche de Tiramisu (tant pis pour les calories !) et le café bien corsé, elle se sentit mieux et se cala confortablement dans son siège pour admirer la vue sur Bruxelles… Cela, toutes les grosses pouvaient le faire! Elle était même devenue experte en la matière…
A hauteur des yeux, les anciens toits à pignons côtoyaient les mansardes abandonnées et le sommet des grues en pleine activité ( elle en dénombra au moins sept !) Dans le lointain, les boules de l’Atomium, récemment restaurées, brillaient de mille feux ; le Palais de Justice dressait son imposante et austère silhouette…
Tout amollie par ses trois verres de vin, la grosse Héloïse se sentait à présent légère comme un papillon ou, tiens, comme cette mouche, furtive et indiscrète, qui s’était mise à tourner autour de la table, attirée par les reliefs du repas et les gouttes de sauce renversées sur la nappe… Elle dut fermer un moment les yeux pour chasser son vertige : elle avait perdu l’habitude de boire mais retrouvait avec plaisir cet état proche de l’euphorie, qui lui faisait oublier la monotonie de sa vie et ses rondeurs superflues… Pour se donner une contenance, elle ouvrit un des deux livres achetés et tomba comme par hasard sur cette phrase: Disons qu'il fut un temps, pas si éloigné, du reste, où je vivais avec une mouche.
LES GROSSES POURRAIENT-ELLES Y ARRIVER? Non, impossible! Héloïse tenta d’ imaginer sa vie avec une mouche mais n’y parvint pas : tout insecte qui osait s’aventurer chez elle périssait, écrasé, sous la tapette en plastique qu’elle gardait toujours à portée de main…
Pendant ce temps, la vraie mouche avait interrompu son manège et se gavait de sauce à l’ail, penchée goulûment sur le rebord de l’assiette…
Dans un hoquet, Héloïse essaya de chasser l’intruse mais la mouche alla se poser un peu plus loin. Elle renonça à la poursuivre et s’enfonça un peu plus dans sa torpeur jusqu’à tomber, endormie, la tête sur la table. Dans son sommeil, elle se vit lauréate du Concours de Nouvelles : ses qualités littéraires étaient enfin reconnues ! Harcelée par ses fans, elle dédicaçait à tour de bras, pendant de longues séances dont elle ressortait, épuisée mais triomphante…
LES GROSSES PEUVENT Y ARRIVER! C’était devenu sa devise : plus rien ne l’arrêtait… A côté d’elles, les auteurs des best seller faisaient pâle figure, avec leur silhouette et leurs allures de play boy! Ils avaient été détrônés par « Madame Tout le monde », et une grosse, par-dessus le marché!
Elle emporta un jour avec elle le livre de Eric Holder, La Correspondante, et demanda à son auteur de le lui dédicacer. Elle ne lui dit pas qu’elle n’en avait lu que la première ligne : Ce fut durant le mois d'avril 1996 que je reçus la première lettre de Geneviève Bassano. Elle nageait en plein délire, délivrée de son corps pesant, de son mal être de grosse!
Elle en était à sa troisième séance de dédicaces quand un jeune lecteur s’approcha de son fauteuil et lui tapa sur l’épaule : « Madame, réveillez-vous! Il commence à pleuvoir… »
Son œil égaré fit rapidement le tour de la terrasse vide ; la plupart des fauteuils s’entassaient déjà dans un coin… Elle régla l’addition en hâte, ramassa son sac, enfila son manteau et, légèrement titubante, alla se mettre à l’abri à l’intérieur du restaurant… Comme une somnambule, elle reprit l’ascenseur, descendit au rez- de- chaussée et se retrouva dans la rue. La pluie, qui tombait dru maintenant, acheva de la réveiller.
De retour chez elle, elle enfila un peignoir confortable, se sécha les cheveux et s’affala dans son fauteuil, avec un long soupir d’aise. Dans le miroir, la femme épanouie qui la regardait lui sourit et elle lui rendit son sourire. De son sac, elle extirpa le livre Loin d’Odile : elle avait envie de commencer par celui-là.
Au même moment, la mouche, qui s’était réfugiée dans l’emballage, en sortit furtivement et se mit à voleter dans la pièce. Héloïse la suivit un instant du regard, ouvrit la première page du livre et se plongea avec délice dans sa lecture.
Demain, elle écrirait sa Nouvelle et tout le monde verrait que : LES GROSSES (AUSSI) PEUVENT Y ARRIVER !
Tess 2006
Disons qu’il fut un temps, pas si éloigné du reste, où je vivais avec une mouche ! …
Notre cohabitation avait débuté, tout à fait par hasard, un jour de canicule… Accablée par la chaleur, je m’étais effondrée sur mon lit, incapable de faire un mouvement… L’attrape-mouches, qui pendait au plafonnier, au-dessus de ma tête, vibrait de vrombissements aussi désespérés qu’ inutiles… Les insectes, affolés, s’engluaient inexorablement dans la colle luisante… Quelle horrible fin ! Songeais- je, un peu dégoûtée.
Le papier, déroulé en spirale, se couvrait petit à petit d’une mer de mouches, presque toutes immobilisées à tout jamais…
Le silence se faisait un moment, en attendant qu’une nouvelle victime tombe dans le piège, ce qui ne tardait pas à arriver…
Bzzzzzzzzzzzzzz … bzzz … bz.
La dernière captive, collée sur le bord du papier, se débattait avec l’énergie du désespoir : par chance elle était tombée sur une de ses congénères et elle avait réussi à libérer la moitié de ses pattes, en prenant appui sur le dos de sa voisine… Du haut de cette planche de salut, elle sembla évaluer la distance et, agitant frénétiquement ses ailes, réussit à s’extirper du piège qui avait été fatal aux autres…, arrachant en même temps sa patte médiane qui frétilla encore un moment avant de s’immobiliser pour toujours… Un peu étourdie, elle tomba sur l’oreiller, juste à côté de ma tête… Dans un demi-sommeil, proche de la torpeur, j’eus alors la surprise de ma vie : l’œil à facettes, agrandi par la proximité ( il était à quelques centimètres de mon œil à moi, ) cet œil, donc, semblait fixer le mien avec curiosité… et j’eus même l’impression qu’il y contemplait son reflet…
- Tu divagues, ma vieille ! C’est la chaleur…
Pourtant, je voyais nettement l’insecte, aux deux antennes en mouvement, tâter ses pattes collantes, tout en inspectant son reflet dans le fond de mon œil… Mal à l’aise, je reculai légèrement sur mon drap, m’efforçant de mettre une certaine distance entre la mouche et moi… En pure perte… D’un petit saut, elle reprit sa place et continua l’inspection de son thorax velu et de ses ailes irisées, imprimant à son corps un mouvement tournant, à la façon d’une coquette virevoltant devant son miroir… Quand elle eut terminé le tour du propriétaire et mesuré l’étendue des dégâts, l’insecte alla se réfugier dans un coin de la table de nuit où, eu égard à son courage et à sa ténacité, je résistai à l’envie de l’écraser…
- Quoi ! Elle venait d’échapper à une mort affreuse ! Je n’allais pas anéantir tous ses efforts d’un coup de tapette ! Elle méritait mon admiration et je ne manquai pas de le lui dire à haute voix, provoquant – je l’aurais juré- une satisfaction bien légitime… Si elle avait pu, je suis sûre qu’elle aurait rougi !!! Vaguement attendrie, je rapprochai d’elle la soucoupe de ma tasse de thé, dans laquelle avait coulé un fond de tisane à la menthe, sucrée et parfumée… Elle devait avoir soif, la pauvre ! Je la laissai, penchée sur le breuvage odorant, aspirant jusqu’à l’ivresse la boisson reconstituante… Après l’effort, le réconfort…
La fin de la journée passa, moite et collante, et je me traînai, sans énergie, sans aucun rendement dans mon travail… La chaleur avait un effet ramollissant sur moi !
Avec le soir, alors qu’un souffle d’air, malheureusement tiède, passait péniblement entre les lamelles des persiennes, je soupai de quelques fruits, ayant laissé tomber mes chaussures et rafraîchi mes pieds douloureux et mon visage échaudé par la canicule.
L’orage tardait à venir mais il rôdait déjà dans l’air lourd et suffocant, comme quelque animal prêt à bondir sur sa proie… Je me réfugiai dans un fauteuil, à l’angle de mon living, dans une pénombre protectrice et m’apprêtais à re-plonger dans un sommeil vaseux quand un petit bruit me fit lever la tête… On aurai dit un toussotement (comme celui de quelqu’un qui essaye d’attirer discrètement l’attention…)
J’était pourtant seule dans mon appartement ! Trois semaines déjà que Jonathan m’avait quittée, pour la nième fois, lassé de mes sautes d’humeur et de mes accès de colère… Avait-il gardé une clef ? Voulait-il me faire la surprise de re débarquer dans ma vie? Je décidai d’en avoir le cœur net : je me dirigeai donc vers l’entrée et, par l’œilleton fiché dans la porte, j’inspectai le palier… désert et silencieux… Fausse alerte ! Le toussotement reprit, plus fort et plus énergique : il semblait dire : « Regarde un peu du bon côté ! »
Et je me tournai effectivement vers la chambre où la mouche ( à laquelle je ne pensais déjà plus) piétinait d’impatience sur le rebord de la table de nuit : la soucoupe, nettoyée de fond en comble, étincelait de propreté… Eberluée, je constatai que l’insecte avait croisé les pattes ( du moins ce qui lui en restait) sur son thorax et regardait d’un air sévère dans ma direction, comme pour me faire comprendre ( mais était-ce possible ?) qu’il était grand temps de la ravitailler !
Tout le monde sait que le culot, cela paie !
L’instant d’après, je coupais en morceaux minuscules deux ou trois morceaux de fruits, restant de mon repas, et les apportais docilement à mon invitée ( ?) qui ne se fit pas prier…
Je ne connais pas avec précision l’étendue de l’appétit d’une mouche mais j’étais immanquablement tombée sur la mouche la plus goulue de la saison ! En un rien de temps, le repas fut englouti et l’insecte, repu, s’installa pour la nuit, à la hauteur de mon oreiller… J’essayai en vain de la chasser, lui demandant, poliment d’abord, d’aller dormir un peu plus loin, puis, essayant, avec des moulinets de la main, de la forcer à s’envoler…
Devant son air offusqué et la fragilité de ses pattes incomplètes, je cédai à son caprice … et ce fut ma première nuit « à deux », dans la proximité d’une mouche… De temps en temps, un petit Bzzz montait de la table de chevet, me tirant de mon sommeil, aussi radicalement que le faisaient, il n’y a pas si longtemps encore, les ronflements sonores de Jonathan…
Pendant la nuit, je rallumai la lampe une ou deux fois, pour voir si tout allait bien, puis je finis par m’endormir… Dans un sommeil peuplé d’insectes et de mouches aux yeux énormes, je passai quelques heures affreuses et finis par me réveiller, à l’aube, ruisselante de sueur, le cœur battant… pour constater que la petite bête me surveillait du coin de l’œil, curieuse, sans doute, des mœurs de l’être humain, dont un spécimen vivait à deux pas d’elle, dans cette intimité forcée…
Pendant que je reprenais mes esprits sous le jet froid et puissant de la douche, je la vis se rincer les facettes, contemplant à l’infini mon image ruisselante et admirant mes formes d’un air approbateur…
A mon tour de rougir ! Dissimulant ma nudité derrière les pans de mon essuie de bain, je lui enjoignis de se retourner pendant que j’enfilais un te shirt et un short en coton, mais je ne pus l’empêcher d’émettre un Bzzz admiratif quand elle me découvrit tout habillée…
Après l’indifférence de mon copain, qui ne remarquait jamais, ni une nouvelle coiffure, ni un nouveau vêtement, je dois reconnaître que je ressentis une certaine satisfaction devant une admiration aussi naïve mais tellement spontanée…
Nous prîmes notre premier petit déjeuner ensemble, moi, assise dans le lit, mon plateau sur les genoux, elle, juchée sur un verre, pompant allègrement avec sa petite trompe, un peu de jus d’orange ou cueillant avec délicatesse, après l’avoir tâtée du bout des antennes, une miette de ma brioche matinale… Je lui laissai la garde de l’appartement quand il fut temps pour moi de partir travailler…
« N’oublie pas tes clefs ! » l’entendis- je dire, au moment où je quittai mon logis…
« A ce soir ! Passe une bonne journée ! » ajouta-t-elle…
Au bureau, tout le monde s’inquiéta de mon air égaré et de mes yeux cernés, que je mis sur le compte de la canicule… Mon chef de service m’apporta gentiment un ventilateur tandis que le commis courait me chercher une boisson fraîche…
Bien sûr, je ne soufflai pas un mot de cette présence insolite à mon domicile : je ne tenais pas à passer pour la folle de service, juste au moment où mon zèle au travail allait porter ses fruits et m’assurer une promotion tant espérée…
Quand je tournai la clef dans la serrure, en fin d’après-midi, j’espérai un moment que la mouche serait partie ou même, qui sait, morte… -Cela ne vit pas longtemps, ces petites bêtes-là-… Et puis je me reprochai ma cruauté : ne m’avait-elle pas sortie de ma solitude ? Ne m’étais-je pas dépêchée de rentrer, pressée de la retrouver et, peut-être même, de lui raconter ma journée ?
Quelle ne fut pas ma surprise, de découvrir, en pénétrant dans le hall, une valise et une guitare jetées dans un coin ; une odeur de café montait de la cuisine: … - Jonathan ? - L’eau de la douche coulait et quelqu’un y sifflotait avec insouciance… - Jonathan ?-
Le cœur battant, j’entrai dans la chambre et … que vis-je, aplatie sous la tapette rouge, les pattes encore enrobées de miettes de brioche, le balancier tordu, le thorax écrasé ?
La mouche, ma pauvre petite mouche, ma petite amie d’un jour, lâchement assassinée par cette brute de …
Le jeune homme qui sortit de la douche et s’approcha de moi d’un air conquérant n’eut pas le temps de réagir : d’un revers de la main, je l’envoyai valser dans le hall… titubant, les oreilles tintantes… L’instant d’après, il était dans l’escalier, où le rejoignirent sa valise et sa guitare qui émit un couinement de protestation…
Appuyée contre la porte d’entrée, je repris lentement mes esprits… profondément remuée par ce qui venait de se passer..
Je n’ai plus jamais revu Jonathan…
J’ai gardé la mouche dans une petite boite, au fond du tiroir de la table de nuit… en souvenir… Il m’arrive encore, quelquefois, de soulever le couvercle et m’imaginer entendre, avec un brin de mélancolie, ce petit Bzzzz discret dont elle avait le secret…
Samedi 21 juillet, à une heure du matin (minuit heure anglaise), me voici postée avec Xavier, l’homme de ma vie, et ma fidèle amie Christelle devant les portes de la librairie anglophone Waterstone’s, à Bruxelles. «The place to be», cette nuit, pour tous les moldus qui rêvent de déguster, un jour, une Bièraubeurre en compagnie de la famille Weasley, dans la chaleur du Terrier. Non, je ne délire pas. Pour ceux qui n’auraient pas encore percuté : je suis venue chercher un exemplaire de «Harry Potter and the deathly hallows», HP7 pour les fans.
Comme 1999 autres accros, j’avais réservé un exemplaire chez Waterstone afin de ne pas repartir bredouille, faute de stock suffisant ! On ne sait jamais. La sortie de chaque nouvel opus des aventures d’Harry Potter -livres ou films- pulvérise, à chaque fois, les records antérieurs. A la mi juillet, deux millions d’exemplaires de «Deathly Hallows» avaient déjà été réservés sur www.amazon.com. Du jamais vu !
Ni Xavier, ni Christelle, ne sont des inconditionnels des aventures du sorcier à lunettes mais tous les trois, nous avons envie de vivre, une fois dans notre vie, un événement marketing planétaire ! Ca fait tout bizarre de se dire qu’au même moment, des milliers (millions?) d’enfants et d’adultes complètement gagas de cet univers «fantasmagique» font la queue partout dans le monde.
«Ca fait deux ans qu’on attend le dénouement de cette intrigue, confie un groupe de sorcières de 24 ans. Et là, nous sommes si proches du but : ça frôle l’hystérie… Quel bonheur d’être ici ! L’ambiance est très chouette, comme à chaque avant-première d’Harry Potter». Waterstone’s a, effectivement, mis les petits plats dans les grands pour l’occasion. Décoration, ambiance sonore, distribution d’eau et de bonbons…, l’enseigne a même invité un magicien, histoire de divertir les sorciers et moldus présents.
Je suis étonnée par l’ampleur du phénomène. Je ne m’attendais pas à ce que tant de lecteurs (peut-être 1000…) se déplacent. Il y a bien plus d’adultes et de francophones que ce que j’avais imaginé. « Il était hors de question de rater la sortie du bouquin, confie Cindy, 27 ans. Ca fait tellement d’années qu’Harry Potter partage ma vie. Je me suis attachée à cette histoire. Elle m’a réconciliée avec mon enfance. Je suis vraiment impatiente de connaître le dénouement de l’intrigue. Mon exemplaire en poche, je fonce chez moi et je me coupe du monde tant que je n’ai pas lu le mot « fin ». Je ne veux surtout pas prendre le risque de voir ou d’entendre la moindre révélation ».
Dix, neuf, huit, sept… Le décompte est repris en chœur par la foule. Les flashes des médias crépitent. Les voiles qui recouvraient les piles de bouquins disparaissent comme par magie. Reste la file, jusqu’aux caisses. Après 45 minutes, yes, I’ve got it ! Bon, je file car j’ai de la lecture, là. Oui, je sais, il est 2 heures du matin mais comment voulez-vous que je dorme après une telle soirée. Toutes ces énigmes à résoudre brûlent mon imagination. Et puis, c’est le 21 juillet, non ? Alors, bonne nuit –blanche- si comme moi, vous vous plongez avec gourmandise dans les dernières (pourvu que non !) aventures de Harry Potter. Allison

Le visage était penché, blanc, lisse et calme sur la vitre avant et la buée était déjà un peu effacée. Rien ne bougeait en cette aube claire ; la rosée du matin obscurcissait légèrement le pare-brise éclaté contre l’arbre et les petits chênes alentour restaient immobiles, tout figés encore dans la nuit qui venait de partir. C’était un matin délicieux, riche de tous les nouveaux départs qui commençait alors dans ce désert de verdure, de feuilles de chênes et de volcans éteints.
Les premières fois ont ceci de poétique qu’elles transportent une magie qui s’inscrit dans la mémoire et qui, recréée au hasard des instants, nous permet de la revivre indéfiniment.
Les premières fois ont ceci de pathétique que, ressassées par des adultes ludiques, elles acquièrent l’aspect du soufflé retombé. Le réchauffé façon Papa-Maman.
Madeleine et son mari partent en vacances. Ils avaient rendez-vous à quelque mille kilomètres de là dans une jolie maison où ils se ressourçaient une fois par an en été.
Tout était prêt : la clé sous le paillasson, les factures réglées, le chat chez la voisine.
Une fébrilité les prend, comme à chaque départ : on a vingt ans de moins, on est heureux . C’est parti mon kiki ! Le carrousel tournait déjà, bien huilé après toutes ces années d’habitude. La voiture avait trouvé son rythme, les bagages et les époux le leur.
Après avoir galéré dans une maison dont la construction n’en finissait pas, Madeleine s’était écorchée à élever ses trois enfants dont le bonheur la rendait folle de crainte. Puis elle avait travaillé comme professeur et, aujourd’hui, elle était épanouie, assurée et pleine de joie de vivre. Plus personne ne lui faisait peur : ni ses supérieurs hiérarchiques, ni les étudiants coléreux. Ni elle-même. Sa vie était un vrai vrombissement fait de cours, d’activités sociales avec le corps enseignant qui, mené par Madeleine, envahissait souvent la maison.
Fallait-il avoir eu son âge pour goûter enfin, sereinement, les joies d’une vie bien remplie, sans problème matériel, sans angoisse existentielle ?
Ah, c’était bien l’équilibre : les conversations qui se réduisaient de plus en plus ; les plaisirs de la journée fractionnés sans qu’aucune contrainte n’arrive à les désorganiser. La liberté, en fait, d’aller et venir, de parler ou de se taire faisait de chaque minute une éternité languissante, un été assoupi. Un soleil couchant. La morosité à fond les manettes.
Etait-ce l’odeur du thym remontant après la pluie ou le bruit des cailloux trébuchant devant elle qui la rendit si triste ? Cela était déjà venu se lover dans son cœur, cette aspiration vers le vide. La solitude. Le ronronnant plaisir de contempler la nature s’était mué en chagrin irrépressible et la voyait pleurer toute seule, dans les coins.
Etait-ce ces céphalées courtes, inopportunes qui s’éternisaient tant qu’elles avaient eu raison de sa patience ? Ou cette absence de sang aussi prévisible qu’inattendue qui lui tournait la tête ?
Madeleine qui, chaque matin se levait profondément heureuse ne savait à présent plus par quel bout se prendre.
La routine se transportant de paysage en paysage, elle s’écartait du monde.
Deuxième jour de vacances. Le murmure d’une conversation entre son mari et un couple de touristes remonte la rue … Elle sait ce qu’ils se disent : « les enfants font ceci ou cela, nous venons depuis dix ans, le village a changé… Quelle dommage cette construction d’immeuble ! Les petits-enfants réussissent si bien à l’école… »
Et gnagnagna et gnagnagna…
Elle, elle s’est murée dans sa rêverie mais sa démarche est contrôlée, adaptée au contexte. En rejoignant son mari, elle remarque pourtant à l’angle d’une rue une maison minuscule dont la porte est ouverte… C’est un atelier déserté, dirait-on, dans lequel elle pénètre avec précaution. Odeur d’humidité, âcre qui pénètre le corps mais pas trop. Pas de fenêtre, à l’arrière on voit les collines. Seul le carrelage ancien, bleu, fait une tache de lumière dans cet espace cavernicole. Comme si le ciel était à ses pieds. Son cœur bondit : quelle jolie cachette !
En finir avec tout ça : reprendre la petite Madeleine par la main, la reconduire à elle-même, franchir le monde qui la sépare de l’enfant.
Comment faire ? Elle qui n’avait plus peur de rien ne trouva pas cela très difficile.
Il suffirait de laisser son mari, très tôt, dans son sommeil et de quitter la chambre. Elle aurait préparé un bagage essentiel qu’elle aurait caché à la sortie du jardin, derrière les buissons…
Puis il lui faudrait prendre la petite route qui traverse la forêt de chênes et qui, au terme de tous ses tournants, arrive au village voisin. Rien ne bouge à cette heure-là : elle n’aurait aucune difficulté à rejoindre l’atelier et à s’y cacher, le temps qu’il faudrait. Juste le temps de ce rendez-vous avec elle. Après, on verrait…
Elle aurait laissé une lettre à ses enfants (et à son mari ?) Elle hésitait…
Comment leur expliquer qu’à cinquante-cinq balais leur amour l’étouffait et la rendait gâteuse ? Comprendraient-ils ? Et leurs enfants ? Que cherchait-elle au fond ?
Il faudrait pourtant bien qu’elle s’en explique pour ne pas qu’on la croie folle ou déséquilibrée ou pire, sénile!
Il faudrait juste qu’on lui laisse le temps d’arriver sur la petite route, aspirer l’air du matin et au bout de sa marche s’engouffrer dans cette cahutte sombre dont elle voulait se faire une matrice toute neuve. Non, vraiment, ce n’était pas difficile.
Madeleine, c’est une rivière n’est-ce pas, qui gronde, remonte ou qui circule tranquillement. Elle a trouvé son lit et plus aucun de ses mots n’est une souffrance ; plus de frein, elle sait où elle va. Elle repense à la petite fille qui s’écorchait les genoux dans les bois parce qu’elle n’était pas si bien dans le monde, qu’elle a mis tant de temps à s’y faire une place…
Voilà Madeleine qui se lève comme un chevreuil. C’est l’aube, le sol est bleu et l’air aussi. Il lui faut deux minutes pour attraper le sac de derrière les buissons et arriver sur la petite route. Très vite, elle marche. On n’entend que les pierrailles qui crissent sous ses pieds. Le rythme de ses pas la conduit à chantonner, l’entraînant de virage en virage.
A travers le feuillage, l’aube a grandi. Au sommet d’une côte, il y a un petit éclat de lumière qui a trouvé son chemin et qui s’est posé sur un morceau de vitre éclatée. C’est une voiture bleue, toute remplie de rosée, comme accoudée sur le fossé.
Anne de Ville
21 juillet 2007
A partir de septembre, Hakima Darmouch prend les rènes du Journal de 19 heures sur RTL-TVI. Elle assurera la présentation en alternance, une semaine sur deux, avec Laurent Haulotte.
Vous ne devinerez pas qui est venu nous rendre visite à la rédac cette semaine... Doc Green comme elle se fait appeler par certaines, Anne Def comme elle se fait appeler par d'autres...
Et comme chez Femmes, on aime manger, discuter, boire et rigoler, Doc Green est venue nous gâter avec de délicieux gateaux!


Les grandes gagnantes de l'édition 2007:
Emaciée de poireaux à la crème
Disons qu'il fut un temps, pas si éloigné du reste, où je vivais avec une mouche.* Elle s'était installée dans ma vie, le plus naturellement du monde. Je n'ai pas un souvenir précis de ce jour. Je sais juste qu'à l'époque, je travaillais pour une société de télécommunications. (...)
Lire toute la nouvelle: Fabienne Muller: Emaciée de poireaux à la crème
Les yeux des autres
"Les grosses peuvent y arriver!**" dit-il en souriant, l'air complice. Il lui tend la main, elle s'y appuie pour sauter lourdement le petit mur et atteindre le sable. Ils viennent juste d'arriver sur la plage. Il est 14 heures. C'est la plus mauvaise heure. Celle où le soleil tape, celle où les plus cruels exposent leur corps a ses rayons brûlants.. (...)
Lire toute la nouvelle: Nancy Quadflieg: Les Yeux des autres
Charlotte
Disons qu'il fut un temps, pas si éloigné, du reste, où je vivais avec une mouche.*
Non pas que ce volatile aux pattes crochues m'attirât particulièrement, mais parce que, dans le coin reculé où je vivais, cette mouche était le seul être vivant que je respectais. Aux yeux de tous, le village campagnard dans lequel j'avais élu résidence était un petit îlot de paradis terrestre. Les cyclistes qui s'y promenaient quotidiennement se pâmaient devant la tranquillité des ruelles et des façades traditionnelles, les randonneurs quant à eux s'émerveillaient en glissant un oil indiscret dans les intérieurs richement rénovés. Je devais être le seul, à cent kilomètres à la ronde, que toute cette hypocrisie écourait. (...)
Lire toute la nouvelle: Justine Lalot: Charlotte

C'est ce jeudi 12 juillet 2007 que Pascal nous a annoncé la bonne nouvelle! Il se mariera avec Laurie au mois d'octobre... Toute la rédac de Femmes d'Aujourd'hui boit à leur santé et leur souhaite "tout le bonheur du monde!"

Ah! Que d'émotions! Figurez-vous qu'à la rédac', un virus a frappé. Un "parasite intracellulaire obligatoire" terrible, qui double le regard, fait voir la vie en rose, perdre le contrôle, s'agrandir le monde, pousse le malade à chanter, créer, travailler… et, parfois, s'engager! Peut-être reconnaissez-vous quelques-uns des symptômes décrits, peut-être êtes-vous vous aussi atteinte: oui, depuis que le monde est monde, l'Amour frappe sans pitié, partout, tout le temps, sans distinction… Les jeunes âmes, les cheveux gris, les peaux pâles et mates, les fauchés comme les potes à Bill (Gates), ceux qui doutent comme les grands croyants, les journalistes et les metteurs en page ;-): tout le monde y passe! Nous sommes de grands malades, de préférence incurables… C'est tout le "mal" qu'on vous souhaite en tous cas.


Donc voilà, notre rédac' ne fait pas exception! Pascal et Laurie ont été touchés depuis 17 ans déjà… et là, paf, deux beaux enfants + tard (Bizzz à Arthur et Matéo), ils vont se dire "oui" en grandes pompes. En vérité, je vous le dis, cette annonce m'a beaucoup touchée… Moi qui vient de fêter mes six premiers mois de "jeune" mariée… sans décoller de mon nuage. A présent, Pascal reprend le flambeau et mon petit doigt me dit qu'il le refilera très bientôt à l'un de ses voisins de bureau… mmm?

C'est beau l'Amour, les promesses pleines d'espoir, les petites bulles tout partout… Yeah! Quoi! On va boire et danser. Pascal: félicitations, longue et belle route à vous deux. Comme le dit Marguerite Grépon (femme de lettre et poète): "L'amour est une maladie sans laquelle on ne se porte pas bien"… Contaminons-nous gaiement!
Bises
Régine
Coucou!
C'est fou! J'arrive pas à croire que déjà 2 mois sont passés! Et si mon agenda me le signale de manière très précise, le petit Antoine né avant-hier que nous sommes allés saluer l'indique de manière plus flagrante en faisant passer Hugo pour un géant!
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Bon, ok, il a un gabarit plutôt King Size que l'inverse mais quand même!
Bref. Les nouvelles deux mois plus tard?
Complètement à la masse pour tenter de me tenir à un planning. Pour vous dire, les faire-part de naissance sont toujours dans mon salon, en face d'assemblage... Suis trop forte!
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Hugo est pourtant super sage. Depuis ses 6 semaines, il prend son dernier biberon à 20h pour prendre ensuite son petit-déjeuner vers 6h du mat'. C'est encore un peu tôt pour moi mais je serais ingrate de me plaindre! Il est tout cool, nous offre ses premiers sourires et a déjà trouvé qu'il pouvait se retourner comme une crêpe du ventre sur le dos. Bref, faut être vigilant, le paquet se déplace déjà à sa manière!
Miss Chloé? Super! Bah, voui, il y a eu des p'tits couacs au début mais je la comprends. Un petit paquet pourtant bien envahissant qui débarque dans SA vie, dans SA maison et réclame l'attention de SES parents!
Mais ça n'a pas duré longtemps. Depuis, elle est complètement dingue de son frère, elle est suuuuuper fière et le montre à chaque visiteur avec insistance au cas où on l'aurait loupé. Et si un copain de la crèche a le malheur de s'appuyer sur le maxi-cosi de Hugo pour le voir, le bodyguard Chloé déboule comme une folle et bonjour les dégâts!!!!
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Du coup, ça me fait une petite aide super chou. M'apporte des mouchoirs, un bavoir, un lange (mais ne le change pas encore... déception!!!) ou quoi que je demande en fait, lui enfourne (un peu brutalement parfois mais bon...) sa sucette s'il pleure et vient lui faire des bisous tout plein tout le temps!
Ah oui, et le réclame dans ses bras mais euh... la garantie est passée maintenant donc si on le casse, c'est foutu!
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Quant à moi, je dois avouer que j'apprécie de plus en plus mon rôle de maman. En fait, je réalise surtout que j'en étais super détachée avant parce que je ne connaissais pas. Et comme pour tout, on a peur de ce qu'on ne connait pas. Tandis que là, grâce à Chloé qui a essuyé quelques plâtres la pauvre, ben je suis devenue une super maman (bonjour la modestie...) et ça m'éclate vraiment.
Rassurez-vous, je continue de rêver parfois de les envoyer en vacances pour pouvoir dormir 18 heures d'affilée ou profiter de mon namoureux mais on essaie de trouver un juste milieu!
Voili voilou, j'ai sûrement oublié de vous dire des milliers de choses mais c'était comme ça, en passant!
A très vite!
Candice
Il fallait s'y attendre! Après sa récente retraite du tennis professionnel, notre joueuse nationale va bientôt être maman... C'est ce week-end qu'elle épousera le joueur américain de basket-ball, Brian Lynch.
Toutes nos félicitations aux futures parents ![]()
A ce rythme, bientôt on ne pourra même plus fumer chez soi!!!!
Pascal Florin
Lors d'un court mais superbe séjour en Provence fin mai, j'ai visité quelques belles coopératives. Dans l'une d'elle, j'ai eu une pensée émue et compatissante pour mes collègues resté(e)s dans la riante vallée de Diegem. Je leur ai déniché deux produits à leur faire déguster à ma rentrée: une tapenade verte aux châtaignes et aux cèpes et une autre, noire celle-là, et vigneronne de surcroît, entendez parfumée au vin rouge de la région... 
