Un heureux événement à la rue d’Avril

- Ding Dong !

Décidément, jamais Laurence n’avait autant entendu le tintement stressant de la sonnette de la porte d’entrée que depuis ces dernières heures. Elle abandonna quelques instants sa fille à son désespoir pour aller ouvrir.

Il se dégageait de la jeune fille qui se tenait devant la porte un étonnant contraste. Un visage excessivement timide et un pantalon extrêmement taille basse. Mais ce fut surtout le pantalon qui retint l’attention de Laurence. Le pantalon et le piercing  avec un brillant dans le nombril.

Laurence avait beau avoir les idées larges, elle n’en estimait pas moins que cette mode traduisait au niveau de la ceinture abdominale tout le relâchement de la société moderne. Elle avait décrété une fois pour toute que la sainte trilogie « taille basse-string-piercing » ne passerait pas la porte de la rue d’Avril. Elle n’en était pas ringarde pour autant ! La preuve ? Elle s’était même offert un petit tatouage représentant la fée clochette sur sa cheville droite. En accueillant Vinciane, sa deuxième locataire, elle estima qu’elle aurait dû exiger des photos en pied et ne pas se contenter d’un format identité. Elle se demanda aussi en vertu de quelle idée - aussi absurde que préconçue - elle avait décrété qu’une Ardennaise originaire de Stavelot ne pouvait pas être branchée. Mais elle décida de remettre cette réflexion à plus tard. Dans un premier temps, il fallait l’accueillir au salon, lui servir un jus de pomme et retourner consoler Al de la disparition de son chat. Mais au fait, où était passé Al ?

- Al ! Al ! commença à crier à crier Laurence dans la cage d’escalier.

Elle grimpa les quatre étages sans reprendre son souffle et découvrit que la chambre de sa fille était vide et comme toujours, dans un désordre qu’elle qualifiait, selon les jours, d’apocalyptique, de diabolique ou de chaotique. En redescendant, elle se dit que ce problème-là aussi devrait être résolu plus tard. Comme elle redescendait, elle entendit un timide « Madame ». Il lui permit de découvrir la petite voix de Vinciane qu’elle retrouva en bas de l’escalier et dont elle ne put s’empêcher de regarder le piercing. La jeune fille dut s’en apercevoir car elle tira sur son t-shirt orné d’une tête d’héroïne de manga, lointaine héritière de Candy version technopunk.

- Madame, je crois que votre fille est dans la cave !

Comment cette jeune fille qui venait d’arriver à la rue d’Avril pouvait savoir qui était la cave et où était sa fille ? À moins que cela ne soit le contraire… Laurence commençait à s’emmêler les pinceaux. N’avait-elle pas été un peu inconsciente en décidant de louer des chambres dans sa maison ? Possédait-elle le sens de l’organisation indispensable à ce genre d’entreprise ? Cette question serait donc le troisième thème de réflexion à mener quand tout se serait enfin calmé. Elle descendit les escaliers et s’engagea dans la première pièce du sous-sol qui faisait aussi office de buanderie. Accroupis l’un à côté de l’autre, Ludovic serrait étroitement Al. Laurence déglutit tellement fort qu’un gros « gloup » révéla sa présence. Al se retourna et son visage s’illumina.

- Maman, c’est génial !

Ludovic se leva pour révéler le trésor qu’il contemplait.

- Madame, je crois que vous avez trois nouveaux locataires !

Dans une housse de couette roulée en boule, Cléo léchait consciencieusement trois petites boules de poils qui avaient encore les yeux fermés.



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