La conscience d’une mère

Malgré sa réconciliation avec Al, Laurence n’arrivait pas à soulager sa conscience. Après le fiasco de la fête d’automne, sa fille avait pris la décision irrévocable de rompre avec son chéri, Sam.

Laurence culpabilisait. Elle avait poussé le bouchon un peu loin en se mêlant d’histoires de cœur qui ne la regardaient pas et, à présent, elle aurait tout fait pour réparer.

A plusieurs reprises, elle avait essayé d’engager la conversation  sur le sujet avec Al mais elle s’était chaque fois heurté à un «no comment» définitif. Elle avait aussi tenté d’en parler avec sa meilleure amie mais elle avait préféré s’abstenir en anticipant les remarques de Monique du style «tu ne crois pas que tu en as déjà assez fait comme ça?».

Il lui restait une dernière arme à brandir pour tenter de se racheter… Elle ouvrit son agenda pour y retrouver un petit papier qu’elle y avait glissé. Chaque fois qu’elle entreprenait ce genre de manœuvre, Laurence soupirait. Un jour, il faudrait vraiment se résoudre à ranger tout ce fatras qui, à ses yeux, symbolisait parfaitement le désordre de sa vie.

Alors qu’elle pestait contre un post-it collé à son doigt, elle retrouva sur une carte de réduction d’une boutique de décoration ethnique qu’elle pensait avoir perdue. Chouette! Avec un peu de chance, elle pourrait peut-être s’offrir ce petit banc en bois incrusté de nacre sur lequel elle avait flashé.

Oh!!!… et voilà le numéro de téléphone de cet ostéo dont Monique lui avait parlé l’autre jour. Le cœur de Laurence s’emballa, elle était persuadée qu’elle allait retrouver nombre de trésors dans son agenda d’Ali Baba. C’est à ce moment-là qu’elle fit un faux mouvement et que son calepin tomba à terre.

- Zut!

Elle se retrouva à quatre pattes, occupée à fouiller dans les papiers avant de s’écrier:

- Yessss!

Emergeant de ses cartes de fidélité et bons de réduction, Laurence brandit un morceau de papier avec l’air triomphant de Jeanne d’Arc venant de bouter les Anglais hors du royaume de France. «45, rue des Elans rouges». Voilà, c’était bien ça! Laurence se souvenait que Sam lui avait laissé ses coordonnées afin rédiger le contrat de location de la chambre. Elle grimaça en réalisant qu’elle avait perdu le troisième locataire qu’elle cherchait depuis la rentrée.

Elle chassa ses mauvaises pensées et se concentra sur son objectif: elle tenait à s’excuser en personne. Son comportement avait été inqualifiable et elle était convaincue qu’en avouant ses fautes, Sam pourrait reconquérir sa belle.

Comme elle arrivait à Watermael-Boitsfort, elle regretta amèrement d’avoir pris sa voiture et de ne pas avoir choisi le tram. Cette commune avait tout d’un labyrinthe dans lequel une chatte ne retrouverait pas ses petits. A plus forte raison, une innocente mère de famille dépourvue de tout sens de l’orientation!

Après trois passages involontaires sur la place Keym et une incursion devant la maison communale, Laurence finit par atterrir rue des Elans rouges sans bien comprendre comment elle y était arrivée. Elle chercha le numéro 45 et finit par trouver une petite maison blanche dotée d’un balcon en fer forgé au premier étage. Elle monta les trois marches et pressa la sonnette de son index.

- Ding Dong!

Après quelques secondes d’attente, la porte s’ouvrit. Un homme d’une cinquantaine d’années apparut. Cheveux poivre et sel, barbe de trois jours, polo bleu et jeans. Laurence bredouilla en le saluant.

- Euh bonjour… je m’appelle Laurence.

A cet instant précis, elle avait oublié ce qu’elle était venue faire là!



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