Il n'a fallu que quelques secondes à laurence pour être conquise par le père de Sam, le copain de sa fille Al. Laurence a donc entraîné sa copine Monique dans un stage d'harmonie personnelle que dirige justement le charmant Florian…
Il flottait dans la salle un parfum mêlé d’encens et de bougie. Dès le premier regard, Laurence sentit qu’elle détestait les cinq autres femmes qui s’étaient placées en arc de cercle autour de l’espace dévolu à Florian. Laurence et Monique étaient arrivées en retard parce que la première n’arrivait pas à choisir le t-shirt adapté à cette grande occasion. Elle hésitait entre l’option humour («Made in Belgium»), la référence à son voyage en Thaïlande («I Love Thailand») ou le total look zen avec sa dernière acquisition ornée d’un Bouddha.
- Tu as vu? chuchota Laurence à Monique, la déco me fait penser au Lotus d’Or, le resto vietnamien près de la Bourse!
- Chuuuuut!!!! intimèrent les cinq disciples.
- Mais enfin, on n’a pas encore commencé ou je me trompe?
- Tu es nouvelle, lui répondit une blonde trop mignonne pour être honnête. Florian nous demande de chasser nos émotions perturbatrices en l’attendant.
Florian? Elle l’appelait Florian? Laurence détestait l’idée que d’autres femmes puissent appeler par son prénom ce Florian qu’elle considérait déjà comme le sien. Elle voulut répondre qu’elle n’avait pas de leçon à recevoir d’harmonie d’une disciple qui portait de faux ongles et un tatouage de la fée Clochette sur l’épaule. Si c’était ça la quête de son «soi» profond, elle avait encore un sacré bout de chemin à accomplir! Monique prit deux nattes en fibres et les étala à terre. Laurence choisit la place la plus éloignée de la blonde dont elle avait décidé de faire sa pire ennemie. En s’asseyant sur la natte, elle éprouva une sensation désagréable aux malléoles.
- Ça gratte! Tu ne trouves pas que ça gratte?
- Quoi? murmura Monique.
- Ben, ce truc… le bambou…
- Ce n’est pas du bambou, répliqua sèchement la blonde. C’est du sisal naturel qui constitue un excellent rempart contre les mauvaises ondes telluriques…
- Les mauvaises ondes telluriques? maugréa Laurence… Moi j’en sens une autre, de mauvaise onde… et tu vas bientôt la sentir, toi aussi!
- Chuut, lui dit Monique. Elle a raison, j’ai déjà entendu parler de cette propriété du sisal. Tu te souviens? Quand j’ai fait un stage sur la gestion des énergies terrestres…
Laurence réalisa que Monique était, elle aussi, une fan des stages en tout genre. Elle s’aperçut qu’elle était la seule personne «normale» dans cette pièce qui lui faisait décidément penser à un resto vietnamien. Tout ça pour voir Florian! Et en plus, cette blonde s’était arrangée pour être près de lui! Elle ne perdait rien pour attendre.
- Allongez-vous! demanda aux élèves sa nouvelle pire ennemie.
Chacun s’exécuta, y compris Laurence qui trouva cette position beaucoup plus agréable. Elle s’allongea avec la volupté d’un chat qui s’étire puis elle ferma les yeux. Le silence et l’odeur d’encens achevèrent de l’envahir. Elle sentit la torpeur la gagner, quel délice… Tout d’un coup - mais elle aurait été incapable de dire combien de temps plus tard - un bruit se fit entendre. Laurence se réveilla en sursaut.
- Euh, dit-elle d’une voix sonore, pour moi ce sera un «64», un poulet aux cinq parfums… avec du riz blanc, s’il vous plaît!
Florian qui venait d’entrer dans la pièce la regarda avec étonnement tandis que la blonde eut un petit rire méprisant. Laurence réalisa avec effroi qu’elle n’était pas au Lotus d’Or.