Laurence, une Ixelloise divorcée de 45 ans, est tombée sous le charme de Florian, qui a pour seul défaut d'être le père du copain de sa fille, Al. Pour mieux l'approcher, elle suit les stages d'harmonie personnelle qu'il organise…
Laurence commençait à en avoir ras la cafetière de son stage d’harmonie personnelle. Non seulement, elle n’arrivait pas à faire comprendre au séduisant prof qu’elle se serait sentie encore plus en harmonie si elle avait pu poser sa tête sur son épaule mais, en plus, elle ne pouvait toujours pas encadrer la blonde (sa nouvelle pire ennemie) qui lui décochait des piques avec un délice sadique.
C’était bien simple, elle se sentait tellement énervée après chaque stage d’harmonie qu’elle n’arrivait pas à trouver le sommeil. Cette fois-ci, elle était bien résolue à déclarer sa flamme au beau Florian. Elle avait soigneusement préparé son coup en choisissant le jour où Monique ne pouvait pas l’accompagner à cause d’un rendez-vous chez le dentiste. Manque de pot, la blonde ne s’était pas fait écraser par un tram et n’avait pas succombé à une intoxication alimentaire, bref elle était bien là et, comme d’habitude, au premier rang dans la salle de méditation. Mais il en fallait davantage pour déstabiliser une Laurence portée par les ailes de l’amour.
La leçon du jour portait sur la gestion des chakras. Ils avaient commencé par un contrôle de la respiration, suivi par la récitation d’un mantra apaisant. En fermant les yeux pour répéter le «Ooom» rituel, Laurence eut la désagréable impression que la blonde «Oooomait» plus fort que les autres. En les rouvrant quelques secondes plus tard (ce qui était formellement interdit), elle s’aperçut que Florian avait disparu. Tiens donc… voilà que le maître profitait de la méditation de ses disciples pour déserter. Cette découverte ne pouvait être qu’un clin d’œil du destin. Laurence se leva en silence et quitta la salle pour aller le retrouver. Elle s’engagea dans le couloir et entendit l’écho d’une conversation à voix basse.
- Sam? murmura Florian. Tu as de nouveau oublié tes clés? Combien de fois devrai-je te dire de ne pas me déranger en plein cours? Ah mais tu n’es pas seul… Bonjour Al, tu vas bien?
- Al?
Laurence sentit son coeur s’emballer. Cette fois, l’harmonie s’était définitivement fait la malle. Que faisait sa fille chez le père de son ex-petit copain? Et si le joli Sam n’était pas aussi «ex» qu’Al le lui avait prétendu? Comme elle entendait des pas se rapprocher dans le couloir, Laurence n’eut d’autre choix que de bondir pour se réfugier dans les toilettes. Elle était prête à y passer la nuit si nécessaire, il fallait à tout prix éviter que sa fille ne la voie! Son sac! Sa veste! Ils étaient encore dans le couloir… Elle devait les cacher, vite! Elle entrouvrit la porte des toilettes, s’assura que la voie était libre et fit quelques pas dans le couloir. Elle s’approcha du portemanteau et tendit la main vers son sac.
- Attends au moins d’être dans ta chambre! fit la voix d’Al. Qu’il est relou celui-là!
Trop tard, Laurence tenta un repli stratégique dans les toilettes mais se prit les pieds dans la collection de bâtons de pluie - des espèces de gros bambous remplis de grains de riz de Florian.
- Patabam! Criiiiiiiiiii!
- Maman?!!!!
- Al…?
Ce jour-là, face à sa fille et près de l’homme qui lui avait fait chavirer le cœur, Laurence venait de découvrir le chakra de la honte absolue.