Laurence, une Ixelloise divorcée de 45 ans, a décidé de louer des chambres à des étudiants pour arrondir ses fins de mois. Mais la vie de logeuse est moins simple qu'elle ne paraît…
Laurence avait toutes les raisons de ne pas avoir la pêche… Entre les problèmes avec Gravis Banque et son surplace amoureux avec le père du petit ami de sa fille, cette nouvelle année avait mal démarré. Comme toujours, elle avait commencé par broyer du noir avant de réagir. C’était la crise? Ok! Il ne lui restait qu’à trouver un locataire pour la troisième chambre de sa maison de la rue d’Avril.
Si ses deux premiers locataires – un étudiant vétérinaire français et une étudiante en psycho de Stavelot – paraissaient stables, il n’en allait pas même pour l’ultime chambre dont elle avait fini par penser qu’elle était maudite. Cette fois, elle avait décidé de recourir aux grands moyens. Petites annonces sur le net, dans le journal, chez le pâtissier, réseau d’amies… elle n’avait rien laissé au hasard! Histoire de rationaliser tout cela, elle était allée jusqu’à organiser une journée «portes ouvertes» par un samedi de février.
Dès neuf heures arriva le premier candidat, un stagiaire lituanien à la communauté européenne qui exigea de voir l’issue de secours en cas d’incendie. Une demi-heure plus tard, il fut suivi par un couple d’amoureux très affairés alors que Laurence avait précisé que la chambre était destinée à une seule personne.
Loin de se décourager, c’est avec le sourire qu’elle accueillit le candidat suivant. Il s’agissait cette fois d’un Romain étudiant en littérature répondant au joli prénom de Tiziano. Le jeune homme jeta un coup d’œil sur la chambre et félicita Laurence pour son goût. Elle fut flattée d’avoir réussi à séduire un Italien alors que chacun sait qu’ils sont les maîtres de la déco. Ce jeune homme marquait des points tandis que Laurence détaillait son look, branché mais chic. Elle était prête à sortir le contrat de bail quand Tiziano dit avec un beau sourire:
- C’est très zoli. Ze vais réfléssir et zé vous rappelle!
Laurence eut l’impression de recevoir un seau d’eau glacée sur la tête. De propriétaire intransigeante, elle se retrouvait dans la position de solliciteuse… le drame de sa vie! Elle réussit néanmoins à ne rien laisser paraître de sa déception et proposa de raccompagner le bel inconstant à la porte. Ils s’engagèrent dans l’escalier quand Ludo sortit de sa chambre. Si elle avait pu brancher un détecteur d’animosité, celui-ci aurait émis une cote d’alerte.
- Ah madame Speeckaert! Comment se passent les visites?
Ludo ne lui laissa pas le temps de répondre, il jeta un coup d’œil sur l’intrus et ajouta, avec perfidie:
- C’est vrai que la chambre est chouette. Dommage que les moyens de communication ne soient pas géniaux dans le quartier…
- Quoi? Mais il y a le 71, les trams et le métro n’est pas loin.
Tandis que Laurence vantait les mérites du réseau de la STIB, Vinciane sortit de sa chambre. Malgré l’hiver, elle restait fidèle à son jeans taille basse et au petit pull qui laissait apparaître son piercing brillant au nombril. Celui-ci joua pleinement son rôle d’appât et Tiziano eut le regard attiré. L’Italien releva la tête et regarda Ludo comme on défie un adversaire avant un duel. Il se tourna vers la propriétaire des lieux et lui dit:
- C’est OK, ze le prends. Après tout, zé souis sour que zé né trouverai pas mieux!
Laurence se dit qu’elle avait désormais deux coqs à la rue d’Avril!