Laurence, une Ixelloise divorcée de 45 ans, loge trois étudiants. Mais le dernier d'entre eux, un jeune Italien, sème la zizanie dans la maisonnée...
Depuis qu’elle avait eu l’idée de louer des chambres à des étudiants, Laurence n’avait eu qu’à se féliciter de son initiative. Grâce au revenu des loyers, elle pouvait commencer à songer aux travaux de rénovation de la toiture. Sa grande maison de la rue d’Avril semblait plus vivante et chacun y avait trouvé sa place.
Vinciane, l’étudiante ardennaise en psycho était la plus discrète de la bande. Le seul motif d’étonnement de Laurence à son sujet concernait les tenues courtes qu’elle arborait au mépris des saisons.
Ludo, l’étudiant français futur vétérinaire, avait trouvé un bon moyen d’arrondir ses fins de mois en travaillant à la boulangerie voisine et avait séduit un large fan-club féminin.
Comme dirait Claudine Brasseur au Jardin extraordinaire, tout ce petit monde avait trouvé un parfait biotope et personne ne se disputait son territoire. La savane était calme jusqu’à ce qu’un nouveau prédateur pointe le bout du nez. Le «fauve» portait le nom de Tiziano et était originaire de Rome. Si le garçon était arrivé avec une valise aux dimensions modestes, il se distinguait par la variété de ses tenues et le soin extrême qu’il portait à son look. En parfait latin lover, Tiziano portait toujours ses lunettes solaires, du matin au soir et même dans le métro.
Ludo avait patiemment attendu le départ de Vinciane pour pouvoir s’introduire dans sa chambre. Une fois la voie dégagée, il entra et alla poser la lettre sur l’oreiller. Un large sourire de satisfaction illumina son visage.
Le cas «Tiziano» avait suscité des réactions diverses dans la maison. Laurence l’observait d’un air amusé. Al le traitait comme un ado attardé. Vinciane avait encore raccourci la taille de ses jupes dans l’espoir d’attirer son regard derrière ses lunettes solaires.
Quant à Ludo… c’était une autre histoire. L’unique mâle de la savane avait très mal pris l’intrusion d’un concurrent. Dès que Tiziano avait posé sa valise, il avait ouvert les hostilités. Il avait commencé par se concilier les bonnes grâces des filles de la maison. En quelques heures, il avait appris les vertus de la galanterie, de la sympathie et de la serviabilité. Constatant que sa stratégie «light» ne suffisait pas, il était passé à la vitesse supérieure en dégainant l’arme du dénigrement. Tout y était passé: l’accent ridicule de Tiziano, son sourire ridicule, ses lunettes ridicules…. Sans plus de succès!
L’astre du beau Romain continuait à briller sur la rue d’Avril. Pour vaincre, il ne restait plus qu’à sortir l’arme absolue: le râteau! Avec l’aide de Vinciane dans le rôle de la complice involontaire, Ludo tenait enfin sa victoire. Il rédigea une déclaration enflammée émaillée de phrases aussi gnangnan que «ta jolie bouche me fait penser à un gnocchi» ou encore «je voudrais être un gelato pour fondre à ton soleil». Avec une bavarde comme Vinciane, toute la maison serait bientôt au parfum. Et Tiziano, définitivement KO, mort de honte!
Ce soit-là, Ludo attendit avec impatience le retour de «Vince» et entrouvrit sa porte quand il l’entendit parler à Al sur le palier.
- Tu ne devineras jamais ce qui m’est arrivé! J’ai reçu la plus belle lettre d’amour de toute ma vie! J’y crois pas: je lui plais!
Ludo fit un pas en arrière et une grimace de gnocchi ramolli.