En touillant dans son tiramisu, Laurence se dit qu’elle avait été trop nulle! Pourtant, tout avait bien commencé. Elle avait eu le courage d’appeler Florian et de l’inviter à dîner.
Que disaient les magazines à propos des femmes qui prenaient l’initiative? Était-ce moralement condamnable? Les femmes étaient-elles programmées à attendre que les hommes se décident? Et si sa mère était encore là? Elle l’aurait sermonnée en lui rappelant les règles élémentaires de savoir-vivre selon lesquelles les femmes doivent toujours se faire désirer. Elle n’aurait pas eu de mot assez dur pour qualifier le comportement d’une représentante du sexe faible décidant de porter la culotte.
- Non maman! Tu te trompes!
Laurence avait beau avoir perdu sa mère depuis quelques années, il lui arrivait souvent de poursuivre avec elle des discussions imaginaires qui dégénéraient toujours en disputes. La plupart du temps, sa mère avait le dernier mot mais cette fois, elle ne voulait pas se laisser faire!
Laurence était amoureuse de Florian et celui-ci semblait ne pas s’en apercevoir… Elle n’avait plus qu’une seule solution : l’inviter à dîner et lui ouvrir son cœur.
- Ne dis plus rien maman! Je sais ce que tu penses mais je suis une grande fille! Compris?
Ah! Pour une fois, elle lui avait coupé le sifflet! Laurence était très fière d’elle jusqu’au moment fatidique du dîner. Non seulement Florian avait accepté son invitation mais il était arrivé avant elle au resto. Il faut dire que Laurence avait mis du temps à choisir sa robe, raté sa coiffure, rectifié son maquillage, perdu ses chaussures, égaré son sac à main et était arrivée une demi-heure en retard.
Elle avait commencé par s’excuser et puis elle s’était lancé dans une démonstration sur des embouteillages de la chaussée d’Ixelles liés aux pannes de signaux lumineux et aux bouchons les jours de marché. Florian tenta de placer un mot quand elle se mit à parler du premier sujet de conversation qui lui vint en tête… et ce fut sa mère!
Après avoir expliqué pourquoi celle-ci avait toujours refusé de conduire une voiture et qu’il était faux de croire que les mères d’antan étaient toutes de bonnes cuisinières, elle lui demanda s’il connaissait ce restaurant mais ne lui laissa pas le temps de répondre. Il fallait commander rapidement parce que le service était lent.
Dans la suite du repas, Laurence aborda des sujets aussi variés que l’éducation des ados, la crise de Gravis Banque, l’incidence des problèmes communautaires sur la vie de couple, le sex-appeal des ministres belges et le stationnement au centre ville. Autant de sujets qui passionnèrent Florian puisqu’il but ses paroles. Ce fut vers la fin du dessert que Laurence s’aperçut qu’elle ne lui avait pas laissé placer un mot. En touillant nerveusement dans son dessert, elle se lança :
- Vous aimez le tiramisu? Il n’est pas mauvais mais moi j’en réussi un meilleur! C’est plus fort que moi, j’ai toujours tendance à prendre la même chose! Enfin, moi je le préfère la recette à l’italienne, pas celle au speculoos! Vous avez remarqué comme ils ont tendance à mettre du speculoos partout? C’est étrange, non? Vous me plaisez…
Les trois derniers mots avaient été prononcés sur le même ton que celui des speculoos et des vertus de la cuisine italienne et Laurence craignait qu’ils n’aient pas été entendus. Elle leva les yeux de ce qui était devenu un smoothie de tiramisu vers ceux de Florian. Alors deux événements inouïs survinrent : Florian lui sourit et il posa sa main sur la sienne.
J'adore lire ce blog et je suis impatiente de savoir la suite pour chacun des personnages
Merci pour ce divertissement