Ludo, un des étudiants logés par Laurence, craint la concurrence déloyale de Tiziano auprès des filles de la maison. Il n'a donc pas hésité à écrire une lettre ridicule à Vinciane, en la signant Tiziano. Mais le message fait totalement craquer Vinciane…
Depuis qu’elle avait imposé qu’on l’appelle «Al» et non pas Alizée, la fille de Laurence avait proclamé son indépendance. En quelques mois, elle avait rangé ses Barbies, détaché des murs de sa chambre ses posters de Lorie et de Brad Pitt et changé radicalement de look.
Elle était à l’âge où elle devait choisir sa tribu et sa panoplie. Entre le gothique, le R’n’B, le post-classique ou le néo-bab, elle avait décidé qu’elle serait elle-même et donc inclassable. Des OGM aux sans-papiers en passant par la couche d’ozone, il suffisait de lire les pin's qui fleurissaient sur sa veste pour suivre l’évolution de ses engagements.
Al avait tendance à penser que ses copines étaient définitivement futiles et que les garçons ne valaient guère mieux. Elle ne comprenait pas comment on pouvait passer des heures à s’envoyer des SMS sur des sujets aussi creux qu’un mec «trop cool» ou les finalistes «trop nazes» d’une émission de télé-réalité.
Al préférait lire des livres que personne ne lisait, écouter des disques que personne n’écoutait et manger bio. Conséquence logique de sa philosophie de vie, elle avait tendance à faire peur aux garçons qui préfèrent toujours l’insouciance à la conscience. Malgré l’océan qui les séparait, c’était Al que Vinciane avait choisie pour révéler son nouveau bonheur. En sachant que le rêve ultime de Vinciane était de réussi le casting de L’île de la tentation, le choix avait de quoi paraître surprenant.
- Tu te rends compte, il m’aime!
Vinciane venait de recevoir une lettre aussi enflammée que ringarde signée Tiziano (mais écrite par Ludo, ce qu’elle ignorait).
- Attends, la calma Al. Tu connais Tiziano, c’est un… (elle chercha le mot juste pour éviter de prononcer celui qui lui brûlait les lèvres)… un charmeur.
- C’est justement ce qui est formidable… C’est un charmeur et il m’a choisie! Tu te rends compte?!
Al grimaça comme lorsqu’elle voyait Sarko à la télé. «Choisie?!» comment une femme du début du vingt et unième siècle pouvait-elle encore parler de la sorte? Comme si Tiziano était un pacha prêt à choisir son élue dans son harem.
- Il a comparé ma bouche à un gnocchi!
Un gnocchi? En plus, c’était un poète! Dante n’avait qu’à aller se rhabiller. Le cas était grave. Al se dit qu’elle devait lui venir à l’aide sinon ce macho allait briser son cœur de ravioli trop cuit.
- Fais attention! Tu connais les hommes!
- Tu te trompes! C’est vrai qu’il m’arrive de craquer en voyant des mecs mais, avec lui, c’est différent. Je le sens!
Al n’en croyait pas ses oreilles. Comment une nana qui se baladait le nombril à l’air de mars à février pouvait être aussi naïve? Elle décida d’agir.
- Tu sais quoi? lui dit-elle sur le ton de la bonne copine qui a tout compris. Tu ne dois pas fondre tout de suite. Laisse-lui un peu le temps de te désirer.
- Quoi, tu ne veux pas que je lui dise à quel point j’ai aimé sa lettre?
- Non! Donne-toi un peu de temps et tu verras, il sera encore plus fou de toi!
- Tu es géniale. Ludo dit que tu es une fille sèche comme une saucisse ardennaise mais j’ai toujours su que tu avais un cœur.
Al encaissa le coup de la saucisse ardennaise en se disant qu’il ne perdait rien pour attendre. Dans l’immédiat, elle avait plus urgent à faire… Elle avait rendez-vous avec un Italien trop sûr de lui!