Au régime pour mériter le beau Florian, Laurence a l'impression de buter contre mille contrariétés qui ne s'adressent qu'à elle seule, rondtidjuuu!
Le problème avec un régime, ce sont les effets collatéraux. On perd un peu de poids (ça c’est bien) mais on perd aussi beaucoup de patience. C’est fou comme tout devient énervant quand on n’a rien à se mettre sous la dent. C’est dingue comme diète rime avec prise de tête…
Laurence n’est déjà pas un modèle de zen attitude (malgré sa love story avec un prof d’harmonie personnelle) mais en période de régime, la moindre contrariété prend des dimensions apocalyptiques. Il faut reconnaître que cette semaine n’avait pas été «light» en matière de dérapages.
Cela avait commencé avec la connexion internet qui n’arrêtait pas de tomber en panne. Elle avait beau appeler la «hotline» (pourquoi «hot»? Pobablement parce qu’elle occasionne des bouffées de chaleur à force d’être ballotté de service en service jusqu’à ce qu’une voix humaine certes – mais d’où provient-elle? Des profondeurs de l’Atlas? De la banlieue de Bombay? – vous réponde et c’est précisément à ce moment-là que la communication est coupée) mais elle n’avait toujours pas de réponse.
Au bord de la crise de nerfs, Laurence avait fini par trouver le numéro du directeur marketing et s’était fait passer pour une journaliste de Micro Magazine. Comme par enchantement, son problème avait été résolu dès le lendemain!
Même plan avec ses factures de GSM… Elle avait bien essayé de bénéficier du nouveau tarif promotionnel vanté à la radio mais on lui avait répondu qu’il ne concernait que les nouveaux clients. Bien sûr! Il aurait été complètement inenvisageable qu’une telle offre s’adresse aux clients fidèles. Ceux-là sont juste bon à payer et à la fermer (c’étaient les propres mots de Laurence à la «conseillère satisfaction» qu’elle avait en ligne). Ce coup-là, elle menaça d’appeler «Les auditeurs tiennent le crachoir», une émission de libre antenne sur une radio bien connue et d’exposer son cas. Miracle! La conseillère satisfaction finit par la satisfaire…
Laurence se dit que la faim qui la tenaillait la transformait en Wonder Woman de la société de consommation. Vint ensuite le passage à la Gravis Banque. Depuis plusieurs jours, elle essayait de convenir d’une entrevue avec la directrice d’agence mais sans succès et avait finalement obtenu un nouveau rendez-vous avec son conseiller placement dépressif, Monsieur Vandeperenboom. Celui-ci lui expliqua à quel point la dernière réunion des petits actionnaires de Gravis lui avait porté un coup fatal au moral. Laurence compatit avant de tenter d’en savoir plus sur l’évolution de son compte-titres. Mais le banquier n’était pas le genre d’homme assez vulgaire pour s’abaisser à lui parler d’argent, il préférait évoquer des questions aussi sensibles que la météo, les dernières performances du Standard sans oublier les vertus du tilleul contre le surmenage. Comme Laurence avait l’outrecuidance de poser une nouvelle question sur la valorisation de ses obligations, le conseiller la regarda avec un mélange de compréhension et de pitié et lui dit:
- Si vous saviez ce que j’ai perdu dans cette affaire…
Laurence eut alors une drôle d’idée. Elle se leva brusquement et lui dit en haussant suffisamment le ton pour être entendue de tous:
- Monsieur Vandeperenboom! Vous n’avez pas honte? Un homme comme vous! Si j’avais pu me douter… En tout cas, je plains votre femme!
Ce fut à ce moment-là que la directrice d’agence bondit, toute rouge, hors de son bureau et proposa cordialement à Laurence de venir discuter avec elle non sans avoir lancé un regard assassin à Vandeperenboom qui ne comprenait pas ce qui se passait. Laurence eut le sentiment d’avoir remporté la troisième victoire de la semaine.