Coup de tonnerre dans le ciel bleu

Depuis que Laurence est amoureuse - et amoureusement au régime -, on entend moins parler de sa fille Al. Mais est-il vraiment rassurant qu'une adolescente soit si discrète?

Laurence n’avait pas senti le coup venir. A sa décharge, cela faisait plusieurs semaines qu’elle s’était focalisée sur un sujet qu’elle avait eu trop longtemps tendance à délaisser, c’est-à-dire elle-même.

Elle avait commencé par concrétiser un rêve en aménageant des chambres d’étudiant dans sa vaste maison de la rue d’Avril. Et même si la cohabitation avec un Français vantard (à Bruxelles, on dit «stoefer»), un Italien dragueur à lunettes solaires et une Lolita luxembourgeoise au nombril piercé n’était pas de tout repos, elle ne regrettait pas son choix. Et tant pis s’il fallait parfois mettre les points sur les «i» sur les questions de recyclage, de décibels, de corvée vaisselle et de propreté, elle avait intégré le fait que la perfection n’appartenait pas à ce bas monde.

Elle avait ensuite accepté l’idée - très peu politiquement correcte - d’être amoureuse de son professeur d’harmonie personnelle, accessoirement père du petit ami de sa fille. Depuis que Cupidon avait décoché sa flèche, Laurence voyait la vie en rose et s’imaginait en Pretty Woman de l’avenue Louise.

Récemment, elle avait aussi franchi un nouveau stade en s’imposant un régime draconien pour retrouver la ligne de ses 30 ans. Pour y arriver, elle n’avait pas hésité à suivre les préceptes de «Minceur Magazine» en appliquant la méthode du régime ravioli. Si les premiers résultats se faisaient encore attendre, elle n’avait pas flanché à l’exception de quelques menus écarts liés à ses dîners en amoureux avec son chéri.

Bref, entre la maison, l’amour et les raviolis, Laurence n’avait plus du tout le temps de voir que la terre continuait à tourner. Égoïste Laurence? Où est-il écrit que la ménagère de (pas beaucoup) moins de 50 ans est obligée de se sacrifier pour le bien commun comme un agneau porté en offrande sur l’autel du don de soi et de l’abnégation? Laurence ne se voyait plus dans la robe à dentelles d’une Madame Ingalls ayant quitté sa petite prairie pour émigrer dans la rue passante d’une des dix-neuf communes bruxelloises!

Le hic, c’est qu’à force de se réconcilier avec son nombril, elle avait fini par ne plus observer ce qui se passait autour d’elle. Et c’est pour ça qu’en dépit d’une succession d’indices, elle n’avait pas senti le coup venir. Elle n’avait pas été étonnée qu’Al accepte de partager avec elle son repas «Jour 4» du régime ravioli (des raviolis hypoprotéinés à la sauge). Pas plus que sa fille ait rangé son vélo dans la cour plutôt que de le laisser dans le hall d’entrée. Dès lors, quand Al lui annonça sur un ton calme et détaché qu’elle avait décidé de prendre un appartement avec Sam et de quitter la maison de la rue d’Avril, Laurence sentit que son ravioli se coinçait au milieu de sa gorge.

Al lui adressa son plus joli sourire mais rien n’y fit. Sa mère avait provisoirement perdu l’usage de la parole!



Réagir

Nom
E-mail
URL
 
 
 


Actualité Magazine Fun Pratique Légal
Lire aussi:   flair.be | telemoustique.be | zappybaby.be | fitfixers.be | xquis.be