Laurence était heureuse… Mais lorsque sa fille Al lui a annoncé son intention de quitter la maison, tout s'est effondré: son moral, son assurance… et son régime.
- Encore un? Mais c’est le quatrième!
- Monique! S’il te plaît… N’essaie pas de me culpabiliser. J’ai faim, c’est tout!
- Je ne veux pas te culpabiliser, Laurence, je suis ton amie et donc je suis honnête. Ce n’est pas en te gavant de merveilleux que tu vas te remonter le moral!
Laurence ne l’écoutait pas. Elle venait de planter sa fourchette dans la petite plaque de meringue qui coiffait la pâtisserie chocolatée.
- Quelle ingratitude! Tu te rends compte? Me faire ça à moi, sa mère… Je me suis toujours sacrifiée pour elle!
- Tu sais comment sont les enfants…
- Ne la défends pas! Elle est in-dé-fen-da-ble! Elle ne pense qu’à elle!
Monique n’avait jamais vu son amie Laurence tellement en colère. Elle tenta encore une parole d’apaisement.
- C’est de son âge…
- De son âge? Tu voudrais qu’elle se marie et qu’elle devienne mère de triplés à 18 ans? Tu sais quoi? Ma fille est folle… elle est devenue complètement folle!
Monique réfléchit une seconde et finit par dire:
- Folle, je ne sais pas… Mais c’est vrai, j’ai toujours trouvé qu’Al manquait de respect vis-à-vis de toi. Elle est très égocentrique.
Laurence marqua un temps d’hésitation avant de porter un morceau de merveilleux aux lèvres.
- Peut-être mais il ne faut pas exagérer…
- Je n’exagère pas! Et toujours à nous donner des leçons de bonne conduite et de morale! Mademoiselle sait tout mieux que tout le monde!
- Mais c’est bien d’être conscientisée…
- Oui mais pas castratrice! Tu veux savoir le fond de ma pensée? Cela ne m’étonne pas qu’elle te plante comme ça. Je m’y attendais!
- Castratrice?!
- Oui et sans cœur! s’exclama Monique.
Cette fois, c’en était trop. Laurence se leva et jeta un billet de 20 euros sur la table.
- Je ne te permets pas de juger ma fille comme ça! Quand les seules choses qui émeuvent la tienne, ce sont les soldes de l’avenue Louise et son abonnement à la salle de fitness! C’est sûr, elle ne risque pas de te parler du Darfour!
C'est comme ça que Monique et Laurence se fâchèrent. En rentrant chez elle, à la rue d’Avril, Laurence se dit qu’elle avait non seulement perdu sa fille mais aussi sa meilleure amie. Une profonde sensation de déprime s’empara d’elle. Dans la cuisine elle s’aperçut que le frigo était vide! Cela valait la peine d’envoyer balader son régime si elle ne pouvait même pas grignoter… Elle balançait toujours entre désespoir et colère quand elle trouva un petit mot sur la table de la cuisine.
«Maman, si tu n’as rien prévu ce soir, rejoins-nous au 4 de la rue de Janvier. Sam et moi venons de recevoir les clés de l’appart et on serait très heureux que tu sois notre première invitée! Al»