Un nouveau casting!

Depuis le départ de sa fille Al, Laurence n'a plus que ses locataires rue d'Avril. Mais pour combien de temps?

L’année scolaire arrivait à son terme et avec elle surgissait le spectre du renouvellement des loyers. Laurence avait eu la bonne idée de transformer trois chambres de sa grande maison de la rue d’Avril en kots d’étudiants au meilleur moment.

Depuis sa décision, le monde avait basculé dans la crise économique et la Gravis Banque lui avait causé quelques cheveux blancs. L’apport des trois loyers lui avait permis de voir venir et elle était bien déterminée à mettre les petits plats dans les grands pour ne pas perdre sa clientèle.

Cela faisait plusieurs semaines qu’elle avait multiplié les petites attentions… Elle s’était abstenue de faire des commentaires sur le laisser-aller dans l’entretien de la cuisine et elle avait mitonné pour «ses jeunes» quelques spécialités typiquement belges. Elle avait fait des compliments sur les tenues ultra-courtes de Vincianne en lui disant qu’elles annonçaient un bel été, elle s’était bien gardée de faire des commentaires à Tiziano qui continuait à porter ses lunettes solaires pour le petit déjeuner et elle avait même réussi à ne pas s’énerver sur Ludo qui lui faisait une démonstration sur la supériorité française par rapport à la Belgique.

D’un point de vue commercial, Laurence avait réalisé un sans faute mais il y avait d’autres éléments sur lesquels elle n’avait aucune prise! Prenons le cas de Ludo qui avait eu une année difficile dans son école de vétérinaire. Il faut dire qu’il avait accumulé les contrariétés à commencer par plusieurs râteaux amoureux (il jugeait depuis lors les nanas belges comme d’irrécupérables coincées). Ensuite, il s’était rendu compte qu’il était réfractaire aux petits chiens, allergiques aux chats à poils longs et définitivement opposé aux cobayes (qu’il persistait à prononcer à la française «cobailles»!). En fait, sa seule réussite était la boulangerie-pâtisserie dans laquelle il avait trouvé un job mais cela ne lui ouvrait pas de grandes perspectives professionnelles dans la capitale européenne!

De son côté, Vincianne avait eu une année calme et espérait même passer le cap de sa première candi psycho sans deuxième sess. Mais son Luxembourg lui manquait et lui tardait de rentrer dans ses chères Ardennes.

Last but not least, Tiziano avait d’ores et déjà annoncé qu’il retournait en Italie parce qu’il ne pourrait jamais se faire à la réalité belge, c’est-à-dire au ciel gris, à la tronche des gens dans le métro, au café qui goûte l’eau, à la cuisine au beurre et au foot noir jaune rouge.

Face à tous ces arguments, Laurence avait baissé les bras. En revanche, elle était bien décidée à lutter pour convaincre les deux autres mais elle était loin de s’attendre à ce qu’ils allaient lui dire. Vincianne ouvrit le feu.

- Rester l’année prochaine? Si je réussis, pourquoi pas… Le problème, c’est que je n’ai pas envie de continuer à me farcir le Français. Vous voyez Madame, c’est comme à Nouvelle Star, il y a un moment où il faut savoir zapper les ringards…

Laurence n’avait pas eu le temps de digérer le verdict que venait déjà la deuxième réaction… celle du ringard en question.

- Ouais… Il faut que j’en discute avec mes parents mais pour que je reste, il faudrait mettre au point les choses avec cette péta… enfin, avec Vincianne. Elle devra s’excuser.
- S’excuser?
- Oui… On a beau être cool, on n’en est pas moins homme. J’en ai marre qu’elle se fiche de moi!

Laurence tâcha de digérer ces deux exigences inattendues…  Y aurait-il par hasard des casques bleus à la rue d’Avril pour l’aider à régler cette affaire?



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