Maintenant que Laurence a digéré le départ de sa fille Al, qui vit désormais avec son cher Sam, elle peut à nouveau s'intéresser au monde, qui ne va pas bien...
Laurence avait de quoi être soulagée… Deux locataires sur trois avaient signé pour l’année prochaine et il ne lui restait plus qu’à trouver le candidat idéal pour compléter son casting. Cela ne suffisait pourtant pas à la rassurer complètement. Il y avait comme une ombre noire et menaçante qui s’échinait à assombrir son quotidien. Une ombre qui portait le nom effrayant de «crise».
Dès le matin, le stress commençait avec le journal à la radio. Peu importait la station qu’elle choisissait, c’était toujours le même refrain: annonces de licenciements, plans d’économie, délocalisations, augmentation de la dette… Allez garder le moral après tout ça! Il y avait même de quoi compter le nombre de céréales versée dans le bol et à en remettre quelques-unes dans leur boîte pour ne pas en manquer le lendemain!
Puis cela s’enchaînait dès qu’elle quittait sa maison de la rue d’Avril. Les titres alarmistes des journaux chez le libraire, les discussions sur le coût de la vie à la caisse du supermarché, les publicités en 20m2 invitant à combattre la crise… A chaque coin de rue surgissait le spectre de la récession et de la chute du pouvoir d’achat. Comme dirait Olivia Ruiz, dans ce genre de situation, Laurence paniquait
Un indice aurait pourtant dû la renseigner sur ce début de déprime de crise: elle avait laissé passer la période des soldes sans craquer!
Vous avez déjà essayé vous de résister à la tentation d’un grand «- 50 %» ou «Prix sacrifiés» ou «Tout doit partir!» qui vous tend les bras en pleine vitrine? Laurence avait toujours imaginé que les soldes étaient la meilleure manière d’économiser de l’argent tout en se faisant plaisir mais, pour la première fois, elle s’était interdit ce genre de petit plaisir.
Même chose pour les restos (un autre de ses péchés mignons) qu’elle avait remplacés par des petits dîners «surgelés» à la maison. Et s’il y avait des restes tant mieux, elle les terminait le lendemain! Chaque dépense faisait désormais l’objet d’une évaluation précise digne du ministre du budget.
Le plus étrange dans cette histoire, c’est que la situation financière de Laurence était loin d’être alarmiste. Ses rentrées avaient même légèrement progressé grâce à la location des chambres de la rue d’Avril. Non, le problème était que Laurence ne se sentait pas la conscience tranquille. Comme tout le monde parlait de la crise, elle ne sentait pas le droit de se laisser aller à la dépense. Question de solidarité et de civisme planétaire. A bas le gaspi! Sus au superflu! Vive la récup!
Puis vint ce jour où elle eut un éclair de génie.
Et si tout le monde faisait comme elle? Si plus personne ne dépensait rien du tout? Si tout le monde zappait le restaurant? Que se passerait-il? Les restos fermeraient. Idem pour les magasins, les bars… Quelle angoisse!
Tout d’un coup, Laurence se dit que le poids tout entier de la reprise de l’économie mondiale pesait sur ses épaules. Elle jeta son portefeuille dans son sac et quitta sa maison de la rue d’Avril. Elle se dirigea vers son magasin de mode préféré et snoba les dernières soldes encore disponibles dans un vieux rayon relégué dans un coin de la boutique. Elle se précipita sur le rayon «nouvelle collection» et craqua pour un joli ensemble veste, top et pantalon. Quand elle eut délesté sa carte de crédit de ses 289 €, elle afficha un large sourire à la caissière. La reprise était en marche!
Grâce à Laurence, l’économie mondiale était sauvée et son moral était revenu au beau fixe!