Partir ou pas?

C'est l'été, et Laurence, qui a réglé bien des problèmes ces derniers mois, peut se laisser aller à rêver...

Depuis que Laurence avait réglé son cas de conscience face à la crise de l’économie mondiale en craquant pour un ensemble non soldé de la nouvelle collection, elle se sentait prête à affronter de nouveaux défis. L’été était déjà (bien) là et elle n’avait toujours pas de projet de vacances. Il faut dire que les circonstances et la conjecture avaient rendu l’idée d’un voyage presque inenvisageable.

Il y avait tout d’abord la crise économique. Une petite voix lui murmurait à l’oreille qu’on ne pensait pas aux vacances quand le monde sombrait. Puis elle songeait au fait que sa fille Al avait décidé d’emménager avec son petit ami à quelques encablures de la rue d’Avril. Enfin, il y avait son petit ami Florian dont elle s’attendait à ce qu’il lui fasse une proposition. Malheureusement pour elle, l’invitation se faisait attendre.

Ces trois paramètres avaient rendu la perspective d’un voyage de plus en plus hypothétique pour ne pas dire improbable. Ce matin-là, en se levant, Laurence jeta un coup d’œil sur le ciel qui se révéla aussi gris que le costume de son conseiller placements à la Gravis Banque. A cet instant précis, elle se dit qu’il était grand temps de larguer les amarres et tant pis si personne ne lui proposait une escapade… elle était bien déterminée à se débrouiller toute seule!

Elle alla pianoter sur internet pour découvrir les offres des compagnies low cost. Pourquoi pas un petit week-end à Rome ou à Lisbonne? Ce serait sympa! Son amie Monique lui avait dit qu’il y avait des offres à saisir et elle entreprit donc de ses découvrir. Un vol pour Rome à 50 €? Génial! Voilà un tarif raisonnable se dit-elle, en cliquant pour confirmer les dates de départ et d’arrivée. Arriva ensuite la première question sur l’écran:

- Avez-vous un bagage en soute?

Laurence tapa «oui» et s’aperçut que sa note augmentait de 25 €… à condition de ne pas dépasser les 12, 275 kg permis. Elle poursuivit néanmoins la procédure informatique et découvrit la nouvelle question:

- Désirez-vous une assurance annulation?

Partant du principe qu’«on ne sait jamais ce qui va arriver», elle tapa «oui» et sa note s’alourdit de 25 autres euros. S’ajoutèrent ensuite une foultitude de questions liées à l’embarquement prioritaire, au repas à bord, au parking à l’aéroport, à la connexion en bus avec le centre ville, la taxe d’aéroport… Pour être complet, il ne manquait plus que le supplément WC, le sourire de l’hôtesse, le droit à prétendre à un parachute en cas de chute et l’option ceinture de sécurité.

Une fois arrivé à la fin de son questionnaire, son billet d’avion à 50 € s’était, comme par miracle, transformé en 250 €… Laurence déglutit en voyant la somme s’afficher sur l’écran de son ordinateur. Elle faillit cliquer sur l’onglet «j’accepte les conditions du contrat» et fut soudain prise d’un doute immense. Tout cela ne ressemblait-il pas à une grosse arnaque?

Elle sortit de cette fenêtre, quitta le site de la compagnie qui ne manque pas d’air et ferma son ordinateur avec l’expression satisfaite de celle qui ne s’était pas faite pigeonner. Après tout, elle pouvait bien attendre encore un peu, le temps que Florian l’invite!



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